du 17/01/2020 au 26/01/2020
Forum des Images,
Paris
Dans des compétitions de courts-métrages où une réelle place avait été laissée à l’animation (environ ¼ des films montrés), il était logique d’en retrouver plusieurs lors de la soirée de reprise du Festival Premiers Plans d’Angers. Calé sur une durée de cinq minutes, Tête de Linotte !, du Belge Gaspar Chabaud (Prix du Public et Prix de l’Extra court, dans la section des courts-métrages d’animation), se fait plutôt cocasse à la fois dans son propos (une mère tente de faire résoudre un problème de maths à son fils) et dans son traitement graphique (libre, délié, jouant sur le caractère liquide du trait, en écho aux trois robinets et à la baignoire qui fuit de l’équation mathématique).
Deux propositions plus longues, en provenance de l’Est de l’Europe (respectivement la Hongrie et la Pologne) et issues de la section des courts-métrages européens, furent également projetées. Assez similaires dans leurs dessins, entre crayonné et travail à la limite du bâclé (on ne compta plus le nombre de bras des personnages qui passaient à travers les meubles), Symbiosis (Prix du Public et Prix de la Création Musicale) et Acid Rain (Grand Prix du Jury) s’attachaient tous deux à des femmes trompées, que ce soit au sens premier du terme pour l’héroïne de Nadja Andrasev ou dans une acception proche de la duperie pour celle de Tomek Popakul. Dans ces deux récits majoritairement sans paroles, la distance fut finalement difficile à tenir (même sur, respectivement, dix et vingt-six minutes) et l’accumulation d’effets visuels (séquences psychés, jeu sur les échelles) délita l’intérêt.
Pour les courts-métrages français, le Grand Prix du Jury comme le Prix du Public revinrent à des films tout à fait dans la (très bonne) lignée de ce que les Premiers Plans savent nous montrer. De fait, Champs de Bosses et Massacre jouèrent habilement sur la métaphore du film d’apprentissage, habituel format d’une large partie des courts-métrages diffusés à Angers. Dans le premier, Anne Brouillet suit ainsi Camille (interprétée par l’excellente Lise Leplat-Prudhomme, qui a incarné Jeanne d’Arc dans les deux films de Bruno Dumont), pré-adolescente qui fait une chute sur le nez, lui faisant craindre une déformation de ce dernier, inquiétude qu’elle partage avec Fabio, doté pour sa part d’un corps trop grand pour son âge. Sensible et juste, ce court-métrage fit naître de belles promesses.
Même sentiment positif pour Massacre, situé à l’île d’Oléron et centré sur deux sœurs, de 10 et 12 ans, qui vont devoir aller vivre sur le continent, l’île étant devenu inabordable pour leurs parents. Entre fascination amoureuse pour le fils d’un couple de touristes et détestation pour ces mêmes estivants qui ont engendré une hausse des prix de l’immobilier, Inès et Bleuenn vont entraîner le film de Maïté Sonnet vers une noirceur initialement insoupçonnée.
Après des films islandais récipiendaires du Grand Prix du Jury pour les longs-métrages européens en 2017 et 2018, un film allemand reçut, comme l’an passé, la distinction suprême. Si le doublé nordique nous sembla assez cohérent avec l’émergence progressive de la cinématographie en provenance de l’île volcanique, ce doublé germanique arrive alors que l’Allemagne semble un peu en recul ces derniers temps. Pour autant, l’année dernière, Comme si de rien n’était nous avait convaincus et, cette fois-ci, Oray arriva auréolé du prix du meilleur premier film, reçu l’an passé à la Berlinale. Situé dans la communauté d’origine turque, le film de Mehmet Akif Büyükatalay débute quand Oray, à l’occasion d’une énième dispute avec sa femme, prononce le talâq, ce qui, dans la loi islamique, entraîne la répudiation de l’épouse puis le divorce. Partagé entre son amour pour sa femme, le respect des préceptes religieux et des accès de violence verbale, l’homme va faire le choix de quitter sa petite ville pour rejoindre Cologne et mettre la distance physique nécessaire, le temps de la procédure. Tout en animalité, Oray affronte alors les événements en fervent musulman, mais aussi en amoureux profond, tiraillé entre ces deux bords. Dans sa représentation de ce quotidien, le réalisateur allemand montre alors aussi bien la solidarité entre frères, l’entraide (dans les travaux de réfection de la mosquée, dans la recherche de petits boulots) et la capacité à donner une seconde chance, que la place réduite de la femme (qui n’a pas vraiment voix au chapitre dans la procédure de divorce), les interprétations divergentes de la loi islamique d’un imam à l’autre et la distorsion entre prêches rigoristes et soirées passées à se saouler en fumant des pétards.
Date de sortie :
– Oray : 27 octobre 2021
le 10/02/2020