09/02/2020
Cigale,
Paris
Partis sur les routes pour fêter les vingt ans de leur groupe, les Étatsuniens d’Explosions In The Sky se montrèrent fidèles à leur public parisien, poursuivant leur tournée des grosses salles de concerts du Boulevard de Rochechouart. Après un Trianon complet il y a quatre ans, ce fut au tour de la Cigale, autre salle d’une capacité d’environ 1 000 places, d’être complète pour l’accueil des Texans, venus sans actualité discographique particulière (si ce n’est la publication en vinyle du EP paru en 2005 dans la série Travels in Constants). L’absence de première partie nous fit entrer immédiatement dans la setlist du quatuor, positionné comme à son habitude (de jardin à cour : Mark T. Smith à la guitare, Michael James à la basse et Munaf Rayani à la seconde guitare, Chris Hrasky étant posté derrière, à la batterie) et qui, pour cette tournée anniversaire, piocha dans ses six albums.
Les ayant justement réécouté tous six dans les jours qui précédèrent ce rendez-vous, notre préférence se confirma, s’il fallait hiérarchiser leurs longs-formats, pour The Earth Is Not A Cold Dead Place et Those Who Tell The Truth Shall Die, Those Who Tell The Truth Shall Live Forever. La raison en est vraisemblablement car nos moments favoris d’Explosions In The Sky sont constitués de ces dialogues (en alternance ou en même temps) entre d’impeccables mélodies déliées à la guitare et des moments rageurs, empreints de saturations et de coups de batterie quasi-martiaux. Pour ce dimanche soir, Your Hand In Mine, The Birth And Death Of The Day, Catastrophe And The Cure, Let Me Back In et, bien sûr, The Only Moment We Were Alone émargèrent à cette catégorie. Placé en troisième position du concert (et non pas, comme très souvent, en dernier), ce brillant morceau nous sembla moins intense, pas tellement intrinsèquement (d’autant plus que les deux moments de silence, préludes à l’explosion finale, furent plutôt bien respectés par le public) mais parce que placé trop tôt dans le déroulé d’un concert qui nous parut, pour le reste, plus lourd et capiteux dans ses tonalités.
C’est ainsi que des morceaux tels Greet Death ou Disintegration Anxiety nous semblèrent très denses, presque plombés par la noirceur des interventions des guitares de Mark T. Smith, quand il ne s’agissait pas de la distorsion surajoutée (Magic Hours, chargé de clôturer l’heure et demie de concert). Utilisées presque tels des titres de transition, ces différentes propositions sonnèrent comme de pertinentes plages de répit avant de repartir vers d’autres superpositions mélodiques, mais firent également office de catalyseur à la montée de la température dans la touffeur qui occupait progressivement la Cigale. Le climat général fut également caractérisé, comme au Trianon il y a quatre ans, par de subtils jeux lumineux. À l’époque, les lampes s’allumaient progressivement de manière horizontale ; cette fois-ci, ce furent des rampes verticales, placées à cour et à jardin, qui s’accordaient, sans verser dans de faciles effets stroboscopiques, au rythme des morceaux.
Ce rythme se trouvait, comme souvent, particulièrement marqué par les interventions de batterie de Chris Hrasky qui pouvaient successivement se faire très métronomiques (Colors In Space), plus appuyées (Have You Passed Through This Night ?) ou séquencées (ces mini-breaks suivis de coups sur la cymbale, ces deux baguettes frappant la caisse claire sur le troisième temps d’une mesure), voire un peu différentes (des coups sur le cadre de la caisse claire). Pour autant, au total, cette prestation d’Explosions In The Sky nous toucha moins que les dernières en date, possiblement en raison de notre positionnement assez éloigné, au balcon, mais aussi par une setlist qui, à vouloir couvrir toute la discographie du groupe, ne fit pas de véritable choix.
le 12/02/2020