(Midira Records / Import)
13/12/2019
Rock

Ambient / Barnacles / Enrico Coniglio / Expérimental / Midira Records / Open To The Sea
Enchaînant les publications, sous son nom propre, sous des pseudonymes ou en collaboration avec d’autres musiciens, Enrico Coniglio avait un peu fini par nous décourager dans nos tentatives d’essayer de le suivre. Cela faisait donc six ans qu’on avait plus recensé de travaux de l’Italien, durée probablement trop longue et absence qu’on comble avec ce second album d’Open To The Sea, projet mené avec Matteo Uggeri. Les deux transalpins avaient publié, en 2017, un long-format sur Dronarivm, intitulé Open To The Sea, titre qu’ils reprennent donc à présent, sur Midira Records, comme nom de leur duo.
Tout aussi prolifique que Coniglio, Matteo Uggeri avait été chroniqué sur ces pages l’an passé pour son projet Barnacles, au boucles tribales et drones puissants. Ici, c’est dans un registre nettement plus épuré qu’il coopère avec son comparse, se chargeant des samples et field recordings tandis que Coniglio officie aux instruments réels (guitare et synthé). Alors que, dans ce contexte, la tentation aurait été forte de livrer un disque de pure ambient travaillée, les Italiens font plutôt le choix de convier des chanteurs (six en tout, pour un disque comptant dix morceaux) ainsi que quelques instrumentistes, reprenant la formule déjà en cours sur leur premier effort. On se retrouve donc face à un disque « à invités », dans la lignée de ce que d’autres formations ont pu réaliser par le passé (il n’est, d’ailleurs pas neutre, que Dominic Appleton, présent sur plusieurs albums de This Mortal Coil, soit l’un des six chanteurs).
Musicalement, cependant, la singularité d’Enrico Coniglio et Matteo Uggeri ne disparaît pas derrière les personnalités sollicitées, puisqu’on se trouve majoritairement dans un climat un peu inquiétant, traversé soit de spoken word (John Guilor sur le bien-nommé Uninvited Ghost), soit de voix féminines spectrales (la Finlandaise Lau Nau sur Heavy Like Falling Leaf). Même les trompette et violoncelle joués respectivement par Alessandro Sesana et Andrea Serrapiglio agissent dans un registre similaire, à base de grincements et interventions clairsemées, ou bien par des partitions s’envolant dans un ton plus free (Tapes And Cows Pt2 avec un intéressant dialogue trompette-rythmiques électroniques). Pour autant, l’auditeur se confrontera à un voyage singulier dans ces quarante-cinq minutes, à la fois un peu bercé par les différentes voix et instruments, rarement soutenues par des rythmiques, et un peu chamboulé par les changements d’atmosphères d’un titre à l’autre.
De fait, le disque peut passer d’un titre très éthéré, avec juste des triturations et des nappes, à une proposition avec batterie réelle (celle de Simone Riva), chant affirmé (celui de Dominic Appleton) et guitare de Coniglio agissant en trémolo (Facing The Waves). Un peu déconcertant, ce balancement s’avère, de toute façon consubstantiel à ce schéma de disque « à invités » ; à chacun de le savoir avant d’attaquer Another Year Is Over.
le 28/02/2020