02/03/2020
Trabendo,
Paris
Des Danois d’Efterklang, nous avions uniquement le souvenir de leurs débuts, dans les années 2000, lorsqu’ils étaient signés sur Leaf et avaient été (avantageusement) chroniqués sur ces pages à l’occasion de deux concerts belges. Depuis, le groupe est passé sur 4AD, semble avoir renforcé l’aspect chanté de ses morceaux, et s’est embarqué pour une longue tournée européenne, accompagné de Kristín Anna, l’une des deux jumelles de múm.
En septembre dernier, nous avions assisté à un concert du groupe de l’Islandaise qui, pour cette nouvelle tournée européenne, présente ses travaux réalisés sous son nom propre, au propos peu tapageurs puisque Kristín Anna se trouve seule, à la guitare électrique ou au clavier. Munie de sa six-cordes pour le premier et le dernier morceaux, elle offrit des ballades un peu longuettes avant de rejoindre son clavier, pour des chansons richement interprétées (jeu rapide, allers et retours sur toutes les octaves, dégringolade de notes). Un peu maniérée dans son expression et dans sa façon de chanter, Kristin Anna Valtýsdóttir livrait, en effet, grimaces, mimiques et nez froncé, comportements qui tranchaient avec sa tenue virginale (chemise et pantalon blancs) et sa voix enfantine.
Un delay accidentellement lancé sur un titre interprété au piano permit d’apporter une coloration un peu moins lisse, comme la légère saturation qui enroba sa guitare à la fin, tandis qu’elle la grattait un peu nerveusement. Cette forme de tension se fit plutôt bienvenue, même s’il y avait là, possiblement, un trop grand décalage avec le reste d’un set que l’Islandaise termina par une courte pièce a capella, à nouveau bien chargée en mimiques forcées.
Occupant toute la largeur du plateau, Efterklang prit la suite, postant les deux membres féminines aux extrémités (l’une au dulcimer et l’autre à la batterie) et laissant les cinq hommes au centre (deux claviéristes, un guitariste, un bassiste et le chanteur). Avec ses allures de crooner (costume croisé blanc, voix grave, tenue du micro à deux mains), Casper Clausen orientait, alternativement en anglais ou en danois, assez fortement les compositions des Danois vers une sorte de mélange entre soft-rock, progressif et rock FM. Les claviers étaient très présents, les instrumentations un peu chargées et les lumières allaient chercher des formes très colorées ou découpaient des silhouettes par des projections depuis le fond de scène.
Quelques intéressantes ruptures de rythme dans le même morceau permirent toutefois d’attirer l’attention, quand un piano intervenait ou qu’une accélération subite du tempo se faisait jour. Un morceau comme Uden Ansigt ressortit ainsi, au milieu d’un ensemble assez inoffensif par ailleurs. Sans surprise, le public fut invité à assurer les chœurs pour reprendre ad libitum trois mots et trois vocalises, tandis que la batteuse avait rejoint Clausen au centre de la scène. Plus tard, une chorale issue du public se joignit au groupe qui, en retour, chanta depuis la fosse, au milieu d’un Trabendo à peine à moitié rempli, sur un des morceaux du rappel. Une belle communion à laquelle on resta cependant un peu extérieur.
le 05/03/2020