10/03/2020
Dynamo,
Pantin
Festival pas si souvent suivi sur ces pages (une recension en 2010 et une autre en 2013), Sonic Protest s’associait, pour cette soirée de mardi, à Banlieues Bleues, autre manifestation du mois de mars. Cette mécanique de double programmation avait attiré foule à la Dynamo et, possiblement, davantage d’habitués du festival expérimental que de la manifestation tournée vers le jazz. Il faut dire que les artistes conviés, en pleine tournée européenne, se situaient plutôt dans la lignée de Sonic Protest et, dès notre arrivée dans les lieux, le ton était même donné puisqu’un concert introductif se tenait, peu avant 20h30, dans le hall de la salle de Pantin.
Avec des étudiants de l’École Nationale Supérieure d’Arts Paris - Cergy, Méryll Ampe s’était, en effet, donné pour ambition de monter un petit orchestre en quatre jours. Deux élèves étaient ainsi munis de laptop, une à d’autres machines, un était à la grosse caisse et une dernière se chargeait des parties parlées/chantées. Nécessairement un peu embryonnaire, le propos fit pourtant office de bonne planche d’appel pour la suite de la soirée, qui se déroula dans la salle principale de la Dynamo, en configuration debout.
Baignée de lumières rouges, Lucrecia Dalt était assise derrière des machines, contrôleurs et synthés. Dans la lignée de sa prestation vue en début d’automne, la Colombienne proposa une ambient constituée de souffles rauques, glitchs et basses appuyées. Probablement plus dense et sombre qu’à New-York, sa musique accueillit des passages vocaux, en anglais ou allemand (permettant de se rappeler qu’elle vit dorénavant à Berlin), traités en direct au vocoder et agrémentés de réverbération. Quelques bribes mélodiques, aux tessitures très métalliques, furent également convoquées, au cours d’un set, jouant sur un aspect assez anxiogène, certainement un peu trop long (surtout dans son premier tiers) et un rien trop monocorde.
Projet au périmètre évolutif autour de Radwan Ghazi Moumneh, Jerusalem In My Heart se trouve signé sur Constellation depuis ses débuts en 2013. Pour son incarnation en 2020, le musicien canadien s’est associé à Erin Weisgerber, chargé de la partie visuelle du duo, diffusant simultanément, depuis quatre projecteurs, des vidéos Super 16, de ruines de bâtiments et autres images sépia. Devant l’écran, en fond de scène, Radwan Ghazi Moumneh passait d’un bouzouki à l’autre, grattant rapidement ses instruments pour en sortir des notes aigues. Conférant parfois force saturation à l’un de ses bouzoukis, le musicien pouvait aussi rajouter d’autres traitements, qui donnaient une dimension sonore proche d’une cornemuse ou autre instrument à vent. Chantant en même temps des mélopées façon muezzin, Moumneh put ainsi mêler tradition et modernité, schéma toutefois trop poussé dans sa volonté d’aller vers la distorsion et le traitement des sons.
le 13/03/2020