(Sub Rosa / Differ-ant)
14/02/2020
Rock

Frédéric D. Oberland / Musique de film / Oiseaux-Tempête / Post-Rock / Sub Rosa
C’est sans grande surprise qu’on voit Oiseaux-Tempête en venir, avec leur septième album, à la musique de film. En effet, la formation française, avec son travail entre post-rock et free-rock, ses longs morceaux et son attachement pour des compagnonnages avec des musiciens et artistes au-delà de son noyau dur, semblait pleinement indiquée pour se diriger, un jour, vers les rivages de la bande-son. C’est toutefois par un versant un peu différent que le groupe s’attaque à ce registre puisqu’il est parti du visionnage de TLAMESS (Sortilège) (film du Tunisien Ala Eddine Slim sélectionné à la Quinzaine des Réalisateurs cannoise en 2019 et sorti en salles en même temps que le présent disque dans les bacs) pour improviser les douze morceaux de cet album, entièrement instrumentaux et moins orchestralement chargés qu’à l’ordinaire.
Les nappes électroniques de Mondkopf et les conjugaisons de synthés joués par Frédéric D. Oberland et Stéphane Pigneul sont ainsi particulièrement mises en avant, afin de concocter des titres toujours aussi sombres, mais moins cinglants, allant même vers une forme d’épure (Une Étrange Forêt II) ou intégrant de nouveaux instruments (le marimba de Canyons (Marimba) et d’Overwinter). La tension réapparaît néanmoins sur les trois morceaux dans lesquels la batterie de Jean-Michel Pirès fait son retour : Cimetière où les fûts dialoguent avec des traits saturés de guitare électrique, Jettatura pour échanger avec la basse de Stéphane Pigneul, dans une veine quasi-doom et lancinante, et le morceau-titre pour un final zébré de distorsions et secoué par les frappes régulières sur la caisse claire.
Évoluant alors dans une forme assez proche de ce qu’on connaît habituellement chez les Français, ces morceaux intéressent d’autant plus qu’ils bénéficient de leurs positionnements (espacés sur l’album) et de leurs voisinages, puisqu’ils viennent tous avant et après des titres sans batterie, ni basse, ni guitare électrique. Avec cette formule un peu « à éclipses », s’écarte donc le risque de trop-plein qui pouvait pointer sur les enregistrements précédents d’Oiseaux-Tempête et se justifie pleinement l’existence de ce disque.
le 10/04/2020