du 17/02/2020 au 25/05/2020
Fondation d’entreprise Ricard,
Paris
Ce sera donc cette monographie de Nina Childress qui constituera notre première sortie artistique post-fin de confinement. Assez logiquement, c’est donc le chemin des petits lieux d’exposition que nous reprenons en premier, n’ayant que (très) peu de visibilité sur un possible retour dans les salles de théâtre et (encore moins) de concert. Débutée mi-février, l’accrochage des toiles de la Française au sein de la Fondation d’Entreprise Ricard (dont la contrepèterie du titre plaira aux amateurs de Portishead) se trouve opportunément prolongé jusqu’à fin mai, ce qui nous permet de faire davantage connaissance avec le travail de celle que nous n’avions alors croisée que dans une exposition collective.
Pourtant, son geste nous paraissait familier, peut-être parce que cette peinture figurative, convoquant des visages connus ou non, pour en saturer les couleurs, en évacuer l’arrière-plan et en accentuer le réalisme, s’avère assez typique d’un travail de torsion de la réalité et de réflexion sur les images qui constitue un registre en soi. La Française part donc fréquemment de personnalités emblématiques des années 1970 (Cher, France Gall, Catherine Deneuve, Britt Ekland), souvent dans des postures flatteuses, nimbées de lumière ou représentées de manière évaporée. Cette forme de sacralisation des icônes s’accompagne, en parallèle, d’une déconstruction de ces mêmes mythes, par l’usage d’une palette de couleurs non raccord, la figuration de Sylvie Vartan avec un bras cassé ou bien la mise en scène quasi-pornographique de l’allégorie de Zeus et de Léda dans Sex Mit Schwan.
Cette approche se trouve, par ailleurs, contrebalancée par L’Enterrement qui ne fait état que d’anonymes, dans une proposition détournée d’Un Enterrement à Ornans de Gustave Courbet, dans laquelle les couleurs criardes (vert et jaune fluos) accueillent des nus féminins et des visages cachés (« masqués » oserait-on dire, en cette période) par des sacs plastiques. Ce constat de balancement prend pleinement corps avec les diptyques « good » / « bad », duo de toiles où Nina Childress s’attache à refaire ses propres tableaux avec, dans la version « bad », des traits plus grossiers, des formes (coiffures, têtes) démesurées, des arrière-plans esquissés et des paysages crayonnés. Formes de copies « basse définition » ou « brute » de leurs originaux, ces toiles révèlent alors une autre face de leur sujet dans un ensemble qui pourrait aisément être qualifié de mauvais goût, mais ce serait en fait possiblement notre époque elle-même qui serait alors de mauvais goût.
le 25/05/2020