du 23/02/2020 au 13/09/2020
Centre Culturel Suisse,
Paris
Cela faisait un bon moment (quatre ans !) que nous n’étions pas revenus au Centre culturel suisse, étant moins intéressés par la programmation proposée. Depuis notre dernière visite, le lieu parisien a changé de direction (Jean-Marc Diébold prenant la tête de cette institution début 2019), sa charte graphique et son logo ont été modifiés et la ligne artistique a un peu évolué, notamment s’agissant des arts vivants (univers d’où vient le nouveau Directeur) avec une attention plus particulière au cirque, à la marionnette et à la scène jazz suisse. Pour les arts plastiques, c’est, en revanche, toujours vers la création contemporaine que les regards du Centre culturel suisse sont tournés, occasion de faire des découvertes et de se confronter à des concepteurs pas forcément connus.
Preuve en est avec cette exposition de Dorian Sari, trentenaire d’origine turque installé entre Bâle et Genève, ensemble multiforme travaillant autour du rapport au corps, et du rapport des corps entre eux. Ainsi, dès le haut de l’escalier, une vidéo montre deux hommes en train de lutter (A & a (if art fails, thought fails, justice fails)), dans un combat tout à fait inégal vu les forces en présence mais dont on peut percevoir un sous-texte crypto-gay (corps quasi-nus, râles peu éloignés d’ahanements sexuels, empoignades semblables à des positions du Kamasutra). Cette ambigüité, la ténuité de cette frontière entre pugilat et coït, trouvent un écho dans la présence d’une ceinture en cuir, simplement accrochée au mur de la salle suivante mais rigidifiée, de sorte qu’elle reste en rond, comme si elle enserrait un corps invisible.
Parti sur cette lecture, le visiteur naviguera ensuite à proximité d’installations mêlant lattes de bois et coussins en vinyle noir (Mother of a Thousand Things, Circle I, Circle II), telles des supports d’ébats ou de combats mettant aux prises des corps qui seraient alors exposés aux yeux de tous. Parfois empêchés, parfois contraints, ces corps se trouvent aussi affectés par les créations de Dorian Sari, à l’image de la baignoire découpée, dans sa largeur, en lamelles et qui ne saurait plus accueillir aucune personne (Memento Mori). Peut-être un peu rêche dans son développement, cette exposition témoigne pourtant, au total, d’une belle cohérence dans son expression.
le 15/06/2020