du 17/06/2020 au 03/01/2021
FRAC Centre-Val de Loire,
Orléans
Initialement prévue de mars à août, l’exposition Ailleurs… ou plus loin a glissé de juin à janvier en raison de la fermeture des espaces du FRAC Centre-Val de Loire pendant le printemps. Lors de sa réouverture, on fut surpris de démarrer le parcours par l’une des ailes du bâtiment historique, et non pas par les Turbulences, cette structure récemment construite dans la cour. Il faut certainement voir là une des contraintes résultant du contexte sanitaire, comme le parcours en boucle, imposé au visiteur, et l’absence de programme de salle, autant de petits aménagements avec lesquels il va falloir dorénavant composer, et que les lieux d’art n’ont pas forcément encore bien intégrés (on peina, par exemple, à comprendre si ce sens de visite était celui initialement pensé par le commissaire ou non).
Sur le plan artistique, il s’agit de travailler autour de l’errance, de la découverte et du voyage, mais avec toujours un regard particulier posé sur l’architecture, fil rouge des propositions de ce FRAC. Au reste, le spectateur commence par être confronté à une salle (dans la Galerie des Fours à Pain) où trônent plusieurs sculptures, colonnes mises à l’horizontale et maisons troglodytes d’André Bloc, faisant face à une grande impression d’Ahmed Mater présentant un cube noir autour duquel gravitent des pigments tout aussi foncés et mis en relation par le magnétisme (Magnetism III). Misant sur la ressemblance avec la Kaaba, cette belle œuvre se trouve reliée au propos général par son jeu sur l’attraction et la répulsion que procurent à la fois l’aimantation que, de manière plus générale, l’inconnu.
Pour rejoindre l’ailleurs (comme le visiteur rejoint la Galerie des Turbulences), il faut souvent entreprendre un voyage, que documentent ici, par des photos, Sophie Calle (série prise dans le Transsibérien, dans le style de l’artiste, attachée aux petites choses et au quotidien) et Jochen Gerz (excursion moins lointaine puisque faite dans une chambre d’hôtel), par des croquis préparatoires à la constitution de capsules volantes, Klaus Gartler & Helmut Rieder, ou par une référence à l’Odyssée, Mouna Jemal Siala (tissage sur grillage représentant la scène où Ulysse se fait attacher au mât de son bateau alors que les sirènes s’en approchent). Parvenu au seuil de son pays d’origine, le voyageur doit passer la frontière, comme le fait l’objet rectangulaire invité à suivre le protocole détaillé, avec amusement, par Lawrence Weiner (« Un objet rectangulaire ordinaire placé sur / une frontière internationale laissé pour un temps / puis tourné et retourné pour introduire / un morceau d’un pays dans l’autre »).
L’ailleurs ainsi atteint peut alors être un lieu de refuge (les maquettes de Manthey Kula), des habitations plus précaires (les esquisses tremblotantes de la série Fast Architektur de Brigitte Mahlknecht) ou bien quelque chose de plus suggéré et de plus libre (Invisible Worlds (Beyond Secrets), dessins à même le mur de cette même plasticienne). Enfin, entre crainte et fantasme ou magnification de l’inconnu, certains créateurs préfèrent ne pas vraiment choisir et insinuer que, finalement, l’ailleurs et le domestique ne font peut-être qu’un, à l’image de ces pêcheurs d’Essaouira, saisis par Deborah Benzaquen, qui, plutôt que de regarder la mer, contemplent la terre.
le 24/06/2020