14/10/2005
Échangeur,
Bagnolet
On avait déjà vu les Legendary Pink Dots quelques fois. Ou en tout cas suffisamment pour avoir fait une croix sur ces deux concerts, dont on n’attendait pas grand chose. Et puis c’est le disque de Minizza, chroniqué il y a quelques jours qui nous a fait changé d’avis. En effet la participation d’Edward Ka-Spel sur un titre nous a donné envie de réentendre cette voix si particulière. Il y avait tout de même un autre élément susceptible de motiver ce déplacement jusqu’à l’Echangeur : à l’occasion de cette tournée qui fête les 25 ans d’existence du groupe, la salle proposait deux soirées, avec des premières parties assurées respectivement par Edward Ka-Spel et The Silverman, chanteur et clavier du groupe, que l’on n’avait jamais écouté en solo et dont nous voulions combler le manque.
Nous voici donc à l’Echangeur, croisant un public hétéroclite couvrant en gros la tranche 25-45 ans, avec bien sûr son lot de goths soigneusement lookés. A 21h, tout ce petit monde s’engouffre dans une salle modérément remplie : la salle était pleine, mais le public était loin de se marcher sur les pieds. Une configuration tout à fait confortable donc, et sur le coup on se dira même que l’Echangeur est une fort belle salle, chaleureuse, avec une bonne visibilité de la scène, contrairement au Point Ephémère par exemple.
The Silverman et Edward Ka-Spel entre en scène sous les applaudissements. Ka-Spel, vêtu d’une toge noire et d’une écharpe retombant sur son épaule de manière faussement négligée, ne trahi pas son image de prophète. The Silverman (Phil Knight) plus smart, chemise noire et veste beige à col mao, cheveux grisonnants et catogan. N’ayant jamais eu a faire au travaux solo de Ka-Spel, on est d’abord surpris par l’aspect minimaliste de l’instrumentation, puis par le côté un peu cheap des sonorités qui sortent de ces claviers, des arpèges sorties d’usine. Mais on retrouve ce timbre de voix un peu nasillard ou plaintif, largement responsable du charme de ses chansons, qui apparaissent du coup comme véritablement habitées. Ça ne suffira tout de même pas à nous convaincre, et ce concert remplira donc tout juste son but, à savoir découvrir ce que Ka-Spel fait en solo.
On ne retrouvera le vrai esprit du groupe que quand le quatuor sera au complet, avec un guitariste et Niels van Hoorn aux cuivres et vents. On obtient alors un son nettement enrichi par la présence des instruments acoustiques et très vite on retrouve le charme de ce mélange unique de pop psychédélique, de rock rugueux quand les guitares se déchaînent, de mysticisme quand une mélodie d’orgue prend le dessus, et cette voix qui lie le tout, empreinte tour à tour d’une tristesse infinie, d’un sourire moqueur, d’une plainte désespérée.
Si le plaisir de revoir le groupe est bien présent, quelques petits bémols viendront tout de même mitiger l’appréciation de cette prestation. Si l’alternance de pièces calmes et d’autres plus tendue était tout à fait appréciable, on remarqua tout de même un Ka-Spel fort sage. Le public est à fond, demandant dès le début à ce que le groupe joue tel ou tel morceau, et Ka-Spel remet tout le monde en place en annonçant, sourire sournois aux lèvres, qu’il ne prendra aucune demande en compte. Des remerciements polis, mais pas d’esbrouffe, une set-list globalement calme, plus psyché/new-age que pop-rock, voire mélancolique, bref, de nombreux éléments qui laissent paraître un Ka-Spel fatigué, exténué, alors que le tournée ne fait que commencer. Le point d’orgue de ce concert sera alors l’énervé Hellsville (extrait de The Velvet Crushed Apocalypse), mais après environ une heure de concert, le groupe quitte la scène, et nous avons du mal à y croire alors que le dernier concert que l’on avait vu d’eux frôlait les deux heures.
Ils reviendront pour un rappel, deux titres en dix minutes, et quitteront la scène définitivement. On se consolera en se disant que d’ici demain Ka-Spel se sera reposé, et qu’il se réserve pour le grand show du samedi soir...
le 22/10/2005