Henri Cartier-Bresson : Le Grand Jeu

 date

du 11/07/2020 au 21/03/2021

 salle

Palazzo Grassi,
Venise

 appréciation
 tags

Henri Cartier-Bresson / Palazzo Grassi

 liens

Palazzo Grassi

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« Jouer » avec les contraintes, dit-on, voire « se jouer » de celles-ci. C’est donc à un « Grand Jeu » que cinq personnalités ont été conviées : prélever une cinquantaine de photographies dans la Master Collection d’Henri Cartier-Bresson pour y proposer une vue en coupe du travail du Français. Cette « collection » était déjà une sélection opérée par l’artiste lui-même, il s’agit donc de faire une sélection dans la sélection, pour que chacun des cinq commissaires d’un moment livre sa vision, le tout au premier étage du Palazzo Grassi, palais vénitien occupé depuis une quinzaine d’années par la Fondation Pinault.

Comme on n’est jamais mieux servi que par soi-même, c’est par la sélection de François Pinault que s’ouvre l’exposition. Dans quatre salles successives, l’homme d’affaires présente les tirages choisis dans le corpus du photographe, regroupés dans quatre thématiques assez passe-partout, et surtout très proches de l’idée générale qu’on peut se faire du travail de Cartier-Bresson : le hasard, les portraits, ces petits riens banals de l’existence. Dans des espaces éclairés de néons très blancs, et avec un accrochage linéaire qui sert peu les tirages (baguettes blanches, murs tout aussi immaculés), les photographies paraissent surtout servir de contrepoint au portrait que Pinault voudrait que le visiteur se fasse de lui : ouvert sur le monde, prêt à s’emballer pour les petites gens mais aussi capable de côtoyer les grands penseurs et artistes (Malraux, Sartre, Chagall), disposé à se confronter aux accidents et aléas que le destin aura placé sur sa route. Les cartels, rédigés par le Breton, insistent ainsi lourdement sur cette concordance, jusqu’à se demander, dans un regard un peu « méta », si ce n’est pas Cartier-Bresson qui finit par servir Pinault.

Bougival, France
(courtesy de la Pinault Collection)

Passée cette séquence parfois un peu gênante, la plus grande salle de l’exposition permet de faire face au choix d’Annie Leibovitz, et cela fait du bien d’être alors en présence de deux artistes. L’États-Unienne parle également d’elle dans les cartels, mais c’est pour expliquer la manière dont elle a découvert Cartier-Bresson, décrire et analyser certaines photographies, notamment dans leurs aspects techniques, et expliquer le présent commissariat. Intitulé Voir l’œuvre de Cartier-Bresson, cet espace permet, effectivement, de pleinement voir cette œuvre, d’en embrasser l’ensemble des contours, et singulièrement son rapport à l’histoire, avec des clichés pris, par exemple, à la Libération, à l’enterrement de Gandhi, aux funérailles des morts de Charonne. Dans une lumière et des murs plus tamisés, avec des tirages encadrés par des baguettes noires qui rehaussent leur bichromie, la juxtaposition permet de passer sans heurts de scènes à la belle composition (Bougival, France) à des instants plus fugaces (Rue Mouffetard, Paris, France), bien qu’on sache qu’il faille prendre cette notion avec beaucoup de distance, s’agissant de Cartier-Bresson. Intelligente et véritablement pensée, la sélection d’Annie Leibovitz fait, pour le coup, doublement honneur à ces deux photographes.

Avec le commissariat suivant, Javier Cercas s’inscrit, sans surprise, dans une veine plus littéraire, consacrant un pan de mur entier, sur les deux salles dont il a la charge, aux écrivains capturés par Henri Cartier-Bresson, qu’ils soient dans la force de l’âge (Camus, Sartre, Faulkner) ou encore tout jeunes (Capote). Avec une tonalité d’ensemble plus grisé, c’est aussi l’occasion de retrouver des moments historiques plus douloureux.

Même logique pour Wim Wenders qui se concentre sur l’œil et le regard du Français, exposant même une réplique en bois d’un appareil-photo. Pour faire le pont avec sa carrière de cinéaste, l’Allemand dispose les photographies dans des caissons rétro-éclairés, accrochées dans des salles plongées dans le noir. Entre camera oscura et procédé à la Méliès, ce dispositif donne une autre coloration, voire une autre signification à ces instantanés qu’on pensait connaître (d’autant plus que, ne s’étant pas concertés, les cinq commissaires ont parfois choisi les mêmes photographies parmi les 385 à disposition).

Enfin, c’est avec la conservatrice de la Bibliothèque Nationale de France (où l’exposition ira, après Venise) que se clôt le parcours. Presque caricatural dans son caractère muséal (murs rosés, larges baguettes en bois brut, alignement à hauteur des yeux, cartels accolés aux œuvres alors que dans les quatre autres propositions, seul le numéro de référencement est renseigné), l’accrochage de Sylvie Aubenas n’apporte, par conséquent, pas grand-chose à la visite, rejouant certains enchaînements déjà éprouvés précédemment, n’étant que peu explicite scientifiquement et constituant, en vérité, une conclusion plutôt décorative.

Itinérance de l’exposition :
 du 19 mai au 22 août 2021 : Bibliothèque Nationale de France François-Mitterrand, Paris

François Bousquet
le 03/09/2020

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