(Denovali Records / Import)
13/11/2020
Electronique

En octobre 2014, c’est à l’occasion d’une « découverte Twitter » que ces pages se faisaient l’écho du travail de Saffronkeira, mentionnant les deux premiers albums de l’Italien ainsi que sa collaboration avec Mario Massa. Depuis, nous avions écouté quelques disques du Sarde, sans jamais s’y arrêter suffisamment, et c’est donc pour une nouvelle coopération avec un autre trompettiste italien, toujours sur Denovali, qu’on prend le temps de pleinement recenser un de ses longs-formats. Pour In Origine : The Field Of Repentance, Paolo Fresu, autre Sarde, a donc été convié par Saffronkeira, pour poser son instrument à vent sur les interventions électroniques.
Parfaitement accordés, les deux Italiens peuvent ainsi passer de plages assez atmosphériques, dans lesquelles le jeu de la trompette se fait aérien, soutenu par des aplats ambient faits de souffles et petits glitchs (Ghosts), à des pistes plus rythmées, marquées par des pulsations électroniques et un travail plus fragmenté de Paolo Fresu (The Field Of Repentance, Due Poli). Assez logiquement, sur le plan du style, on se situe, dans le premier cas, dans un registre plutôt proche d’un jazz contemplatif tandis que, dans le second, une veine plus techno minimaliste se trouve développée par le duo.
Certains titres ambitionnent même de croiser, en leur sein, ces deux versants, débutant sur l’un avant de dévaler l’autre au gré, notamment, de divagations de la trompette, proches de l’improvisation (Death And Civilisation). Mais les croisements peuvent aussi se faire dans d’autres sens, à l’image de Periodi Remoti, Harmony In Chaos ou Religion As An Illusion, avec leurs rythmiques en cliquetis et leurs coups sourds mariés à des actions plutôt amples de la trompette. Le canevas proposé sur ces morceaux-ci s’avère, au reste, le plus couru et le plus réussi de l’album, capitalisant sur les qualités respectives de l’instrument à vent de Fresu et des composants électroniques de Saffronkeira, conjuguées dans un mélange vraiment convaincant. Ce mélange peut même aller jusqu’à susciter une émotion certaine sur le titre final (In Origine), avec sa batterie frappée aux balais, ses nappes enveloppantes et sa trompette soyeuse.
Au total, chacun trouve ainsi des relais de croissance dans les lignes musicales développées par l’autre, se faisant respectivement la courte échelle pour emmener l’auditeur très haut avec eux. La variété de la palette proposée par les deux Italiens traduit alors la réussite de ce disque, démontrant aisément que jazz et électronique peuvent déployer, de concert, leur part expérimentale.
le 29/01/2021