(Time Released Sound / Import)
10/01/2021
Electronique

Neuvième disque pour Orla Wren (en incluant ses disques partagés) et neuvième label puisque c’est Time Released Sound qui héberge l’Anglais pour son nouvel album solo, son premier depuis un peu plus de cinq ans. Musicalement, si Tui poursuit son parcours parmi les labels les plus intéressants de l’électronique-ambient contemporaine (après Expanding, flau, Home Normal, Dronarivm ou hibernate), on reste assez voisin de ce que ces pages recensaient la dernière fois qu’on avait eu affaire au Britannique, à savoir une ambient assez ouvragée, teintée de touches plus oniriques, propres à laisser l’auditeur divaguer. Mais, en lieu et place des morceaux plutôt brefs de Soil Steps, les quatre pièces de The Blind Deaf Stone durent chacune douze minutes, permettant de s’y plonger avec délectation et de se trouver bercer par le travail réalisé au synthétiseur monophonique.
Alors que, intuitivement, on pouvait imaginer que le fait de travailler sur un instrument assez rudimentaire (puisqu’il ne permet de ne jouer qu’une seule note à la fois) allait gêner Orla Wren dans sa progression et son propos, on se trouve, en réalité, face à un disque nettement plus riche. Certes l’Anglais est-il aidé, dans cette dynamique, par deux paires de micros qui lui permettent de capter d’autres sons, et de les superposer a posteriori à ses travaux au synthé (forme de « triche » par rapport à la contrainte que représentait l’usage du monophonique), mais l’aspect un peu vintage du clavier analogique s’entend quand même clairement tout au long de l’album et participe de la dimension mélancolique et apaisante de ses compositions.
Afin de donner quelques images au lecteur, on se trouve dans une approche plutôt pastorale (on croirait même entendre quelques bruissements forestiers) dans les deux premiers morceaux du disque, et dans un climat plus urbain sur les deux autres (avec des rythmiques plus travaillées ou quelques vocalises féminines lointaines, par exemple). Ce diptyque se déploie, ensuite, dans une belle atmosphère, à la fois un peu cotonneuse et tendrement caressante, constituée de suffisamment de strates sonores pour se dévoiler au fur et à mesure de ses écoutes. Quelques bribes mélodiques (des touches plus identifiables ici, une petite mesure là) viennent enfin ponctuer le propos, et émerger des notes tenues et des plages oscillantes.
le 23/03/2021