(Morr Music / Bigwax Distribution)
29/01/2021
Electronique

Morr Music / Pop / Rayon / The Notwist
L’arrivée de The Notwist sur Morr Music était, sinon attendue, du moins largement imaginable : même nationalité, même capacité à intervenir sur une large palette allant de l’électronique à la pop, et projets parallèles déjà signés sur le label de Thomas Morr (Spirit Fest, Ms. John Soda, Rayon, Tied & Tickled Trio, Aloa Input). Avec ce nouvel album, c’est aussi l’occasion de retrouver un groupe qu’on avait pas mal suivi au début des années 2000 (dans la foulée de Neon Golden, classique publié début 2002 et qu’on réécoute encore régulièrement, avec autant de plaisir) et qui, depuis, avait sorti quatre longs-formats rapidement écoutés. Au reste, nous ne sommes pas les seuls à nous pencher avantageusement sur Vertigo Days, puisque le groupe allemand bénéficie, pour ce disque, d’une presse très élogieuse, jusqu’à des canaux nationaux pas forcément habitués à rendre compte de ce type de sorties.
Il est vrai que cette cinquantaine de minutes fait montre de nombreuses qualités, entre caractère assez immédiat de morceaux comme Exit Strategy To Myself, atmosphère prenante et/ou ouatée de beaux titres (Loose Ends, Sans Soleil, Into Love Again), et participation de plusieurs invités venus d’univers différents : Saya et Takashi Ueno, de Tenniscoats, ou la fanfare Zayaendo (pour les curieux de travaux pop bricolés japonais), les clarinettistes Ulrich Wangenheim, Angel Bat Dawid et Theresa Loibl, le joueur de trombone Mathias Götz ou le percussionniste Karl Ivar Refseth (pour ceux qui aiment se situer aux frontières du free-jazz), la chanteuse Juana Molina (pour ceux qui attendent autre chose que de l’anglais) ou encore le chanteur et cornettiste Ben Lamar Gay. Parfaitement conçu et masterisé, Vertigo Days permet de passer d’un titre à l’autre sans que l’auditeur, parfois, ne s’en rende compte (l’impeccable enchaînement Where You Find Me / Ship, simplement tenu par les fûts de batterie, celui Stars / Al Sur), trompant l’impression de brièveté que pourrait susciter la durée, calée sous les trois minutes, du premier morceau cité ; à d’autres endroits, un simili-interlude (Ghost, moins d’une minute et trente secondes) vient s’intercaler entre deux propositions plus marquées (Oh Sweet Fire et Sans Soleil, en l’occurrence).
Le sentiment d’un léger trop-plein est parfois frôlé, quand la clarinette d’Angel Bat Dawid vient se poser sur un ensemble instrumental déjà riche (Into The Ice Age), mais les musiciens savent se freiner à temps, pour laisser suffisamment d’espace à leur invitée, singulièrement dans le dernier tiers du titre, davantage dénudé que le reste. Même le pas de côté vaguement hip-hop, induit par la voix de Ben Lamar Gay sur Oh Sweet Fire, ou la percée sud-américaine d’Al Sur avec Juana Molina, restent pleinement maîtrisés et intégrés au continuum proposé par les Allemands. Précisément, c’est peut-être une trop grande maîtrise qu’on pourrait leur reprocher, rejoignant l’aspect un peu sérieux auquel on renvoie souvent les frères Markus et Micha Acher (aux commandes de The Notwist), mais ce serait là un bien mauvais procès.
le 07/04/2021