(Midira Records / Import)
26/02/2021
Rock

Les projets d’Aidan Baker sont si nombreux que, chaque année, ces pages recensent pour la première fois, l’un d’eux, qu’il s’agisse d’un nouveau groupe (ou d’une nouvelle identité en solo) ou bien, comme cette fois-ci, d’une formation jamais encore évoquée ici. Trio canadien initialement basé à Toronto, Whisper Room se trouve maintenant partagé entre la ville d’Ontario et Berlin, où s’est installé Baker. Avec les confinements et la limitation des déplacements, c’est donc séparément que Lunokhod a été réalisé, chacun enregistrant sa partie instrumentale de son côté, avant que le tout ne soit envoyé à leur designer sonore.
Fort heureusement, les trois musiciens et leur ingénieur se connaissent suffisamment bien pour que ses conditions de fabrication n’aient pas une grosse incidence sur le résultat final qui parvient à sonner comme s’ils avaient été dans la même pièce, enchaînant presque sans discontinuer une heure d’instrumentaux entre krautrock et improvisation. Les jeux de guitare et basse d’Aidan Baker et Neil Wiernik se trouvent, ainsi, parfaitement soutenus par la batterie de Jakob Thiesen. Tantôt assez rythmée, tantôt plutôt portée sur ces cymbales, celle-ci se marie impeccablement avec les propositions des deux autres intervenants, dans un ensemble qui joue également, assez habilement, avec les apports électroniques.
Les effets ainsi conférés aux guitare et basse relèvent d’une forme de distorsion numérique, laissant l’auditeur s’interroger sur l’origine de ces sons : s’agit-il de suppléments apposés directement par Baker et Wiernik ou bien d’ingrédients retravaillés à la pédale par Scott Deathe, le sound designer, a posteriori ? Le continuum musical (renforcé par le fait que les sept morceaux s’intitulent Lunokhod 1, Lunokhod 2…) plonge alors l’auditeur dans un voyage expérimental, constitué de travail sur la sérialité, le caractère entêtant des mêmes demi-mesures répétées, mais aussi de passages plus denses et profonds.
le 12/05/2021