du 26/05/2021 au 30/05/2021
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Après Cognac et Beaune, le festival du film policier organisé par Bruno Barde trouve escale, à partir de cette année, à Reims. Cette nouvelle étape, dans cette tournée des villes de vins et spiritueux, donne l’occasion d’un changement de nom, la manifestation optant pour le ramassé « Reims Polar », intitulé, mis à part son caractère marketing, peut-être réducteur par rapport à celui de « festival du film policier ». De toute façon, cela faisait plusieurs années que ce festival avait élargi son spectre au thriller, film noir et autres déclinaisons du genre. Avant de retrouver une forme en présentiel l’an prochain, Reims Polar proposait une version en ligne pour 2021, avec les trois sections existant déjà à Beaune (Compétition, Sang Neuf, Hors Compétition). Au hasard de notre sélection de quatre films (sur les vingt-et-un présentés toutes sections confondues), l’élargissement au-delà du film policier se confirma puisqu’un seul des quatre pouvait être véritablement qualifié ainsi, faisant place, pour le reste, à des films-enquêtes ou bien des drames avec plus ou moins de suspense.
S’agissant de l’enquête, en tant que telle, le film vise clairement l’horizon atteint par une récente série d’espionnage française (travellings dans les couloirs des bureaux, multiples portes sécurisées s’ouvrant par des badges, attachement aux détails du quotidien professionnel, souci de faire exister plusieurs figures au sein du BEA), d’autant plus que les deux oeuvres partagent une comédienne commune (Anne Azoulay). Pourtant, Boîte Noire, récipiendaire logique du Prix du Public, ne se hisse pas au niveau de réussite de la série considérée, restant trop superficiel par certains aspects, bien que le film contourne intelligemment quelques difficultés (à l’image de la manière dont il rend compte du crash aérien, scène évidemment trop chère à tourner).
Présenté en Compétition à Berlin l’an passé, Storia di Vacanze (Favolacce) nous installe dans une banlieue pavillonnaire de Rome, pendant un été où nous suivons plusieurs familles occupant la saison comme elles peuvent (baignades dans la mer ou dans une piscine gonflable, barbecues…). Une forme de décalage naît assez rapidement entre les enfants et les parents, les premiers apparaissant comme des êtres un peu angéliques (traits fins, délicatesse de leurs expressions, parlé soigné) et intelligents, face aux seconds beaucoup plus rustres. Fabio et Damiano D’Innocenzo forcent alors ce trait, caractérisant vite les uns et les autres, jusqu’à la caricature, notamment chez les pères, montrés comme sexistes et violents. Bénéficiant d’une lumière filtrée jaune (au cas où on aurait un doute sur le fait que la chaleur écrase les personnages), le film se perd dans une forme de complaisance quasi-manipulatrice, se délectant de la peinture de ses protagonistes et de la survenue d’un événement que le spectateur attend évidemment.
Pour expurger leur rage rentrée, les militaires ont, à la caserne, quelques possibilités : exercices de musculation, séances de jeu vidéo sur leur console (ils jouent « à la guerre », bien évidemment) ou bagarres intempestives avant des réconciliations toutes aussi franches et viriles. Ces scènes de caserne se montrent les plus réussies du film, exposant une belle vie de groupe, rythmée et régie par ses règles formelles ou tacites, avec des militaires aux motivations diverses, mais souvent montrés comme des têtes brûlées, engagées pour servir et protéger sans qu’ils sachent forcément ce que cela implique. Dans un Paris traversé de manifestations (contre la réforme des retraites, contre les violences policières), le projet met aussi en lumière le fait que tout le monde s’est habitué à « être en guerre » (contre le terrorisme, contre le coronavirus) et, par suite, à prendre le métro aux côtés de militaires armés.
– Boîte Noire : 8 septembre 2021
– La Troisième Guerre : 22 septembre 2021
– Storia di Vacanze : 13 octobre 2021
le 31/05/2021