Collectif Marthe
Collectif Marthe
du 17/06/2021 au 26/06/2021
Théâtre de la Cité Internationale,
Paris
Ainsi que ces pages ont déjà pu le relever à l’occasion d’autres thématiques, le théâtre s’avère souvent le lieu idoine pour capter et rendre compte, sur le plateau et avec un léger décalage temporel, des débats qui agitent nos sociétés. C’est donc sans réelle surprise que des écritures contemporaines se saisissent des enjeux féministes, dans la vague post-#metoo, comme ici avec le Collectif Marthe, quintet vif et énergique, accompagné par Guillaume Cayet à la dramaturgie. Prenant comme point de départ un cours d’autodéfense, les jeunes femmes en profitent pour relire plusieurs figures et passages historiques afin d’en mettre en lumière, plus ou moins ouvertement, la violence faite alors aux femmes et à la condition féminine.
Articulé autour d’un travail sur le corps, vu successivement comme un objet scientifique, un sujet de peinture ou une allégorie maternante, le spectacle alterne scènes dans le présent (au cours d’autodéfense) et reconstitutions historiques un peu décalées. Enchaînées sans noir, ni carton, ces différentes séquences s’alternent plutôt habilement et le lien se fait progressivement entre ces temporalités même si, par moments, la coexistence se montre un peu délicate quand il s’agit de juxtaposer passages burlesques un peu patauds (la nuit et le rêve de la prof d’autodéfense) avec des épisodes historiques forts (tel le gavage des suffragettes anglaises qui avaient tenté de faire une grève de la faim, après avoir été arrêtées et emprisonnées à la suite d’une manifestation).
La galerie de personnages, tous joués par le même quatuor, se grimant plus ou moins à vue, nous fait passer de John Locke à Davy Crockett, en passant par Poussin, Parmentier, Fragonard ou Manet. Un cours de peinture, une expérience scientifique, la répétition d’un discours devant la Convention sont ainsi recréés, dans un geste un peu bricolé et assurément enlevé, mais qui souffre de quelques facilités de dialogue (« Quel gâchis, Parmentier ! », phrases reprises de chansons de Francis Cabrel, Johnny Halliday ou Dalida). Plus généralement, sans remettre en cause la sincérité de l’entreprise, ni l’enthousiasme, Tiens Ta Garde donne le sentiment d’avoir manqué d’un regard extérieur, qui aurait gommé ces scories, raccourci le projet et densifié le tout. Après, il est également possible qu’en tant que mâle blanc de plus de 40 ans, et bien que partageant assurément les combats considérés, nous n’étions pas exactement la cible de cette proposition…
Autres dates :
– du 29/06/2021 au 02/07/2021 : Parvis Saint-Jean - Dijon
le 21/06/2021