02/10/2021
Cité de la Musique,
Paris
La Nuit Blanche n’a jamais tellement été suivie sur ces pages : trop de monde, trop de pluie, trop d’événementialisation, trop de « participatif » et une cohérence parfois difficile à trouver entre des manifestations éclatées dans la capitale. Par le passé, nous n’avions, ainsi, très majoritairement recensé que des concerts donnés, dans de petits lieux, en marge de ce rendez-vous, et qui auraient aussi bien pu se tenir un autre soir. Pour cette rentrée de reprise des spectacles, nous avions pourtant coché, de longue date (une partie de ce même plateau était prévue pour la Nuit Blanche 2020), une « nuit ambient » proposée par la Philharmonie de Paris dans sa salle de la Cité de la Musique. Après avoir réussi à l’atteindre, au terme d’une longue attente (le lieu accueillait plusieurs propositions en son sein, mais une file unique), on prit place, tout juste à 21h, pour le début d’une soirée, pompeusement sous-titrée « marathon musical ».
Face à une salle clairsemée, les deux premières interprètes d’un plateau intégralement féminin prirent place debout, derrière leurs tables et laptop. Habituées de ces pages, Christina Vantzou & Félicia Atkinson lancèrent des apports électroniques minimaux tandis qu’elles disaient un texte (possiblement de la poésie en prose écrite par Atkinson, car celle-ci le connaissait par cœur alors que Vantzou le lisait). Naviguant d’un piano à queue à un vibraphone, s’arrêtant devant un gong situé au centre de la scène, les deux jeunes femmes prenaient leur temps, faisaient durer chaque séquence (le concert était annoncé pour s’étirer sur deux heures) et n’hésitaient pas à mettre en boucle leurs textes et à les superposer.
Manipulant sa bouteille en plastique et sa gourde, Félicia Atkinson versa de l’eau de l’une dans l’autre, dans un geste entre expérimentations, frottements et ASMR, avant que les notes de vibraphone n’interviennent, enrobées d’une belle vibration. Passée plus tard à l’instrument à lames métalliques, la Française put soutenir un quasi-chant de la musicienne d’origine grecque. Avec ses notes détachées et réverbérées, le grand instrument permit de proposer autre chose que des textures un peu chétives, dans un ensemble possiblement trop homogène et trop étiré.
Alors que le public allait et venait allégrement pendant le premier set, il fut beaucoup plus attentif et statique pour celui de Suzanne Ciani. Débuté à 23h30 tapantes, il constitua l’occasion d’apprécier une performance de la musicienne septuagénaire, défricheuse il y a une quarantaine d’années avec son synthétiseur avant d’être redécouverte depuis quelques années (elle se produisit, par exemple, à Sonic Protest en 2019). Filmée de l’arrière en direct, avec une image légèrement solarisée, l’États-Unienne manipulait son synthétiseur et des tablettes qu’elle pilotait frénétiquement, pour jouer d’un clavier virtuel aux consonances psyché.
Si la première moitié de son set fut marquée par une forme d’arythmie, préférant des bribes mélodiques issues de sa machine, des petites poussées plutôt aiguës, entre sonorités rétro-futuristes et travail sur les souffles, une inflexion fut prise par la suite. L’arrivée de cadences, sur des fréquences toujours aussi aiguës permit, ainsi, de relancer le propos, en soutien des mélodies provenant de son modulaire Buchla, débordant de fils colorés que la musicienne manipulait avec virtuosité. Vêtue d’un haut noir à paillettes, pleine de classe sans être arrogante, Suzanne Ciani récolta une belle salve d’applaudissements et nous permit de quitter les lieux rassérénés, n’ayant pas la force de rester pour assister aux concerts de Chloé et Kali Malone.
le 05/10/2021