du 07/09/2021 au 30/10/2021
Fondation d’entreprise Ricard,
Paris
Les incertitudes des derniers mois pour les lieux culturels n’ont pas épargné la Fondation d’Entreprise Ricard et son Prix annuel. La Fondation a, tout d’abord, du retarder l’ouverture de son nouveau lieu, situé le long de la Gare Saint-Lazare, finalement inauguré en mai 2021, et, ensuite, repenser le format de son Prix pour le faire courir sur deux ans. Après une année consacrée au travail et à la recherche, 2021 permet aux plasticiens en lice de retrouver le principe de la monstration collective, support du vote du jury. Conservant la dynamique de 2019, on retrouve, à la sélection des artistes de cette édition, une curatrice féminine (Lilou Vidal, jeune commissaire basée à Bruxelles), et, une belle parité dans les créateurs sélectionnés (quatre hommes et quatre femmes).
Esthétiquement, la note d’intention convoque, naturellement, la proposition artistique comme échappatoire à la période actuelle, jouant sur l’intitulé de l’exposition comme pratique permettant le pas de côté ou la mise en place d’un présent autre. Concrètement, on retrouve les mediums traditionnels de la création contemporaine : vidéos, installations, sculptures et grandes toiles. Le nouveau lieu de la Fondation (rebaptisée, au passage, Fondation Pernod Ricard) offre deux grandes salles contiguës, donnant, d’un côté, sur un parvis surélevé par rapport à la rue d’Amsterdam et, de l’autre, sur les voies ferrées. Ce dialogue renforcé avec le mode réel instaure une perception un peu différente des œuvres exposées, notamment ces modules de Carlotta Bailly-Borg, avec leurs portes, cloisons et silhouettes sérigraphiées sur verre, tels des passants ou voyageurs saisis et figés. Plutôt moins généreux en hauteur qu’à la précédente adresse de la Fondation, les espaces ne favorisent pas, en revanche, l’accrochage des grands draps d’Adrien Vescovi, qui se trouvent remisés dans un coin, limitant la portée de son travail à son aspect « tenture », sans qu’on puisse le prendre suffisamment en considération.
Au-delà de ces constats spatiaux, on fut agréablement intéressé par les échos trouvés entre plusieurs réalisations, comme si la durée d’incubation de ce Prix et de cette exposition avait permis aux uns et aux autres de se trouver irrigués par leurs travaux respectifs. C’est ainsi que la sculpture en cœur, façon casse-tête géant, de Gina Folly résonne avec les suspensions métalliques de Tarek Lakhrissi (même si ces dernières ressemblent davantage à des armes), que les tomettes de zinc, cuivre et laiton positionnées au sol par Meris Angioletti, au passage d’une pièce à l’autre, renvoient aux assemblages géométriques cousus ensemble par Adrien Vescovi, que les draps de ce dernier trouvent leur pendant avec la tapisserie de Meris Angioletti, elle aussi tenue verticalement, ou que les silhouettes déjà mentionnées de Carlotta Bailly-Borg conversent, d’une certaine manière, avec les découpes réalisées par Minia Biabiany dans une plaque de bois. Enfin, face à face, sur les deux plus grands murs du lieu, Boris Kurdi (lauréat du Prix) et Renaud Jerez proposent, respectivement, une sculpture du chiffre 1 regardant un ensemble de crayonnés mis sous verre, et un bloc de plexiglas bleu qui se tient face à une longue peinture à l’huile.
le 26/10/2021