Guillaume Corbeil
Florent Siaud
du 12/11/2021 au 04/12/2021
Théâtre Paris-Villette,
Paris
Un écrivain qui s’empare d’un fait divers autour d’un homme s’inventant une vie, et qui entreprend alors une enquête in situ sur cette trajectoire aussi surprenante qu’intrigante, en se mettant lui-même en scène dans son écriture : Pacific Palisades n’est pas sans lien avec L’Adversaire, roman auquel on pense un peu en voyant la pièce de Guillaume Corbeil, d’autant plus que le texte d’Emmanuel Carrère avait été monté sur ce même plateau du Théâtre Paris-Villette il y a cinq saisons. Cette fois-ci, le parti pris scénique est différent puisqu’Evelyne de la Chenelière est seule à interpréter tous les personnages d’un spectacle ramassé sur quatre-vingt minutes. Grâce à quelques changements de tenue (chaussures, veste), la comédienne rend ainsi crédible le déroulé de cette recherche menée par l’auteur, quittant son domicile de Montréal à la suite d’une rupture, pour s’aventurer à Los Angeles sur les traces de cet homme qui prétendait être un extraterrestre agent des services secrets étatsuniens.
Le texte, débuté en format documentaire (avec force écrans d’ordinateur et de téléphone portable), évolue alors aux frontières du polar, puis du fantastique, à mesure qu’on se demande si tout cela est bien réel et si la mythomanie du personnage objet de l’enquête n’a pas contaminé toute l’écriture de Guillaume Corbeil. Au reste, ce n’est certainement pas un hasard si l’action se déroule à proximité d’Hollywood, lieu de tous les fantasmes et de tous les possibles fictionnels. Dans ce contexte, la superposition des couches (la comédienne interprète l’auteur qui se fait passer pour quelqu’un d’autre pour enquêter) se fait parfois trop forte, pouvant égarer le spectateur, dans une pièce montrant un rien de complaisance dans la complexification de son récit.
Pour servir celui-ci, et agir en soutien de l’interprétation, Florent Siaud a pensé une mise en scène inventive, bien relayée par le décor de Romain Fabre, qui passe d’une surface plane à l’avant-scène (support des projections d’écrans du début) à des formes plus arrondies, dessinant un mini-labyrinthe, adéquates pour traduire l’esprit tortueux de ses personnages. Avec des éclairages tout aussi convaincants de Nicolas Descôteaux, l’ensemble constitue une création possiblement un peu trop longue, mais qui constitue un nouveau chapitre dans la saisie, par la matière littéraire ou dramaturgique, d’un fait divers.
Autre date :
– 07/12/2021 : Espace Jean Legendre - Compiègne
le 22/11/2021