du 06/10/2021 au 03/01/2022
Centre Pompidou,
Paris
Après une édition 2020 que nous n’avions pu voir, n’ayant pas eu le temps de nous déplacer au Centre Pompidou avant le confinement automnal, retour à l’institution parisienne pour retrouver la confrontation qu’organise le Prix Marcel Duchamp entre quatre plasticiens (deux femmes et deux hommes, dans une logique paritaire devenue systématique depuis six ans). Une nouvelle fois, on se montrera un peu circonspect devant le rapprochement de trois propositions sculpturales (ou liées à des installations) et d’un film ; sans dénigrer les qualités de ce dernier (on y reviendra), difficile de croire que le jury ait pu totalement comparer ces quatre gestes artistiques, d’autant plus que l’autrice (Lily Reynaud Dewar, en l’occurrence) fut lauréate du Prix comme le furent, dans les éditions récentes, Éric Baudelaire, Clément Cogitore ou Kader Attia (soit quatre vidéos primées sur les six dernières éditions, ce qui tendrait à accréditer notre thèse, sauf à ce que le jury ne juge un parcours plutôt que l’œuvre exposée au Centre Pompidou…).
Une fois entré dans la Galerie 4, c’est pourtant face à une installation, occupant une large part de l’espace, que se trouve le visiteur. Constitué de plusieurs formes hétéroclites, rehaussées de tissu, papier mâché, câbles et autres éléments permettant d’assurer la jonction entre les parties de ces sculptures, le projet de Julien Creuzet se veut assez complet puisqu’une bande-son accompagne ses créations plastiques, issue d’enregistrements de Jacques Coursil, trompettiste de jazz des années 1960 et 1970. Cette juxtaposition fait, assurément, la singularité d’un travail par ailleurs assez conventionnel (combien de fois avons-nous déjà vu ce type de réalisations ?). Sentiment assez voisin avec le propos d’Isabelle Cornaro, suivie de longue date, avec plus ou moins de réussite. Ici, il s’agit de récupérer des objets, de le sertir de peinture, puis de les positionner sur de grands modules, entre mise en majesté et jeu ironique sur le statut de ces biens de consommation. Mis en regard d’écrans, ces petits sujets versent volontiers dans le sanguinolent, voire le grotesque, dans une démarche qui trouve vite ses limites.
Baignées de ou dans le noir, les deux autres propositions n’ont que peu en commun, si ce n’est d’être les deux les plus convaincantes. Attachée à la figure de Pier Paolo Pasolini, Lily Reynaud Dewar a retracé ses deux derniers jours : interview, dîner et assassinat sur la plage d’Ostie. Diffusé sur quatre écrans disposés sur les quatre murs de la salle, le film d’une grosse demi-heure voit l’artiste italien être incarné par plusieurs interprètes successivement, le procédé étant repris pour les autres intervenants (personnes qui l’interviewe, qui dîne avec lui, qui le tuent). À ce premier artifice s’ajoutent un léger décalage temporel entre les quatre écrans, et le fait qu’au même instant, Pasolini et les autres sont joués par des hommes et femmes différents. Au-delà du discours rapporté de Pasolini, qui reste intéressant (quoiqu’on puisse en penser) à écouter, comme de la forme un peu ludique adoptée par Reynaud Dewar, il s’agit donc de tendre à un certain universalisme : nous pouvons tous être Pasolini ou ses meurtriers.
Pour sa part, Julian Charrière met l’homme de côté, mais pour mieux souligner ses effets sur la nature : centrée sur le cycle du charbon et du carbone, son installation se décompose entre un sol fait de plaques de charbon, un diamant (créé à base de gaz carbonique) permettant de forer, et un film sur la fonte des glaces. Si la thématique de l’anthropocène irrigue de nombreuses créations artistiques depuis quelques années, la voie choisie par le Suisse, avec cette combinaison de formes, dénote ainsi quelque peu.
le 17/12/2021