28/01/2006
Ferme du Buisson,
Noisiel
Nous voici parti en expédition dans le grand est parisien pour cette soirée dédiée à la scène artistique islandaise. En guise d’ouverture, un petit événement puisque nous avions droit à un concert de Lady & Bird, dont ce n’était ce soir que la troisième représentation. Et puis une nuit pleine de surprises, qu’elles soient artistiques bien sûr (danse, court métrages, concerts), culinaires avec des petits plats typiques du pays des elfes, ou encore les massages et fameux hot pots dans un registre "santé/bien-être", soit des grands bacs d’eau chaude dans lesquels on pouvait s’immerger afin de profiter des courts-métrages tout en étant au chaud.
On se concentrera ici sur la partie musicale, avec pour commencer le concert de Lady & Bird. Seulement la troisième représentation donc, où le duo se voit accompagné d’une harpiste et d’une douzaine de choristes menées par un chef d’orchestre. Entre l’origine islandaise et la rareté de cette prestation, on se prend à faire le rapprochement avec le Odin’s Raven Magic de Sigur Rós bien que le spectacle du duo franco-islandais soit plus modeste.
Après les choristes et la harpiste qui commence à jouer, Keren Ann et Bardi Johannsson (également connu en tant que monsieur Bang Gang) entrent en scène et parlent tour à tour dans un micro qui transforme leur voix. Ils nous transportent alors dans un univers enfantin, tendre, ludique et un peu fou puisqu’après transformation, leurs voix sont celle de deux enfants, deux gamins un peu capricieux. Pendant tout le concert, entre les morceaux, ils parleront ainsi, lanceront quelques blagues, apportant un peu de légèreté à leur musique douce, mais souvent nostalgique ou mélancolique. On retrouve ensuite leurs ritournelles pop soyeuses, voix feutrées, ambiance planante appuyée par les choeurs sur les cristallines notes de harpe. Keren et Bardi sont régulièrement à la guitare, utilisent parfois un mélodica ou un glockenspiel, soit une instrumentation simple, basique qui contribue parfaitement à l’ambiance un peu hippie-troubadour de leur musique, encore renforcée par quelques photos en fond de scène, plaçant le duo dans des paysages islandais. Dans le même esprit, les parties rythmiques sont interprétées avec les moyens du bord : la harpiste frappe le corps de son instrument, les choristes claques des doigts, Keren et Bardi frappent du pied et entraînent tout le monde dans leur élan. Un invité surprise dont on ne comprendra pas le nom viendra sur un titre leur prêter main forte, de sa voix de crooner (imaginez un Nick Cave islandais), donnant une autre tonalité et une énergie nouvelle aux compositions de Lady & Bird.
Après une cinquantaine de minutes, tout le monde s’en va, mais le public en redemande. Ils reviendront avec une chanson traditionnelle islandaise, et puis ils partiront tous en roue libre : Bardi se prend d’abord pour un chanteur français, puis notre crooner revient bouteille de bière à la main et tout le monde chante comme s’il était au coin du feu plutôt que sur scène. Tout le monde est très décontracté, l’ambiance "kewl" et toute la salle reprend le final en frappant dans les mains. Sur le second rappel, ils nous offriront deux chansons, l’une de Bang Gang, et la suivante de Keren Ann. Un deuxième rappel qui faisait donc un peu "promo de nos projets solos", mais l’ensemble fut quand même une très belle prestation.
Un peu plus tard, dans le cadre de la "Nuit Curieuse", nous verrons Gus Gus, ou du moins ce qu’il reste du collectif islandais qui eut le vent en poupe le temps de deux albums entre 1998 et 2000. On se demandait bien ce qu’ils pourraient nous offrir aujourd’hui, sachant que la dernière fois qu’on les voyait, ils étaient déjà sur la mauvaise pente. La salle où ils doivent jouer est assez grande, un DJ est présent pour mettre de l’ambiance avant le groupe apparemment très attendu. Des murs d’enceintes impressionnants, deux consoles au centre de la scène, des micros sur les côtés, on ne s’attend à rien d’autre qu’une prestation technoïde chantée, et c’est bel et bien ce à quoi nous auront droit. Les basses bien rondes enveloppent la salle, les synthés un peu gras vrombissent ou ébauchent quelques nappes, des zigouillis acides tressautent. Un chanteur que l’on imagine sorti d’un groupe de hard-rock pose sa voix fluette et s’avère finalement être la seule surprise que Gus Gus peut encore nous apporter. Une chanteuse le rejoint bientôt, mais pendant leur concert, on se demandent s’ils croient à ce qu’ils font. Après trois ou quatre morceaux, et malgré les efforts du chanteur, on remarque que les gens partent doucement, et nous feront de même. On imagine que seuls les véritables fans du groupe resteront jusqu’au bout.
le 29/01/2006