Points de Non-Retour [Quais de Seine]

 auteur

Alexandra Badea

 metteur en scène

Alexandra Badea

 date

du 12/01/2022 au 06/02/2022

 salle

Théâtre de la Colline,
Paris

 appréciation
 tags

Alexandra Badea / Théâtre de la Colline

 liens

Théâtre de la Colline

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Volet central de la trilogie Points de Non-Retour, pensée comme une traversée de la France coloniale, Quais de Seine revient sur l’issue sanglante de la manifestation pacifique des Algériens de France, le 17 octobre 1961. Si le programme de salle annonce, un peu pompeusement, qu’Alexandra Badea « exhume » cette répression policière (pourtant bien documentée depuis une trentaine d’années et les travaux de Jean-Luc Einaudi, et même encore récemment évoquée dans le film ADN de Maïwenn), la manière de la traiter choisit un angle plus familial. Nora, jeune femme d’aujourd’hui, se confronte ainsi aux souvenirs de ses aïeux, pris dans la tourmente de ces années de décolonisation.

Afin que la pièce présente, en parallèle, ces deux temporalités, deux caissons sont posés au sol (à la différence de sa présentation à Avignon, en 2019, où l’action de 1961 se déroulait dans un caisson surélevé), permettant à Nora de traverser l’espace-temps en s’immisçant parfois dans la scène d’il y a cinquante ans. Alternant actions de part et d’autre, le spectacle avance au gré des réponses que Nora trouve dans son passé, aidée par un thérapeute qui la questionne et la renvoie à ses propres angoisses quand, par exemple, elle traverse un pont parisien. Ce procédé, plutôt rythmé, se fait toutefois un peu trop appuyé, comme si Alexandra Badea ne faisait pas suffisamment confiance à la capacité évocatrice de la parole et qu’il fallait absolument incarner et jouer l’action relatée. Procédé trop appuyé comme l’est aussi le prologue où l’autrice elle-même tape une lettre sur son ordinateur portable, courrier projeté sur un écran et destiné à celle qui lui a inspiré la pièce en lui narrant sa propre histoire.

En lui-même, le récit de cette nuit, des agissements policiers et du silence tenu par les autorités et l’opinion publique (« Paris a choisi ses morts » réagit un personnage face à la manifestation en hommage aux morts de Charonne, quelques mois plus tard, comparaison cruelle avec le peu de cas fait des morts du 17-octobre) avait pourtant déjà suffisamment de force. Il n’était pas nécessaire de forcer le trait, en y greffant, au surplus, un récit au romanesque marqué (exil, familles déchirées, retour inattendu) qui nous fit diablement penser à l’écriture de Wajdi Mouawad (le fait d’être à la Colline, qu’il dirige, n’y était certainement pas étranger). Cette mécanique dramaturgique conduit, de ce fait, le spectateur à avoir de l’avance sur les personnages, sentiment un peu gênant même si, assurément, il est bon de mettre en lumière cet épisode et qu’il y aura toujours quelqu’un qui le découvrira à cette occasion.

François Bousquet
le 31/01/2022

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