19/01/2022
Instants Chavirés,
Montreuil
Alors que seuls les concerts assis sont (encore) autorisés, c’est vers les Instants Chavirés que nos pas nous dirigent pour cette première soirée musicale de l’année 2022, afin de reprendre dans des terres connues nos habitudes. Concocté par Jean-Luc Guionnet, le plateau de ce mercredi soir permettait à la salle de Montreuil de faire le plein (une soixantaine de personnes y était installée, sur des chaises mises en rang) et de proposer trois formes musicales assez variées, bon reflet de la programmation du lieu.
Pour débuter, Sébastien Roux, grand habitué de ces pages, offrit cinq morceaux successifs, présentés à chaque fois, dans une démarche plus proche de la diffusion que du jeu en direct (le Français avouant, d’ailleurs, lui-même, découvrir le mode de calcul aléatoire de l’ordinateur en même temps que le public). Travaillés numériquement, les sons étaient ainsi combinés, par algorithmes et formules mathématiques, puis proposés à l’assistance dans un dispositif d’ensemble très proche de ce qui peut être donné annuellement à Présences Électronique : spatialisation du son, aspect très cérébral (une pièce était, ainsi, inspirée de dessins de Sol Lewitt) et quasi-scientifique du propos, sonorités fragmentées, travail sur la matière sonore.
Les trois derniers morceaux s’inscrivaient, toutefois, davantage dans une forme composée avec des ondes qui se rapprochaient et fusionnaient progressivement, ou des synthèses tournoyantes. Invité à jouer et à « travailler », l’auditeur pouvait alors s’attacher à une onde sinusoïdale plus ou moins étirée, dont il pouvait suivre le mouvement comme il pourrait essayer d’attraper, du regard, la course d’un insecte.
Place ensuite à Julien Desailly, assis avec sa cornemuse sous le bras, nouvel avatar de cet engouement pour ces instruments vernaculaires (aux côtés de la vielle à roue, par exemple) dont on a déjà pu rendre compte. Dans la première moitié d’un set un peu long, le musicien livra beaucoup de notes, pour un ensemble très riche, fait de jeu rapide et d’espace sonore très rempli. Introduisant des frappes au pied sur le sol, Desailly put, par la suite, espacer ses interventions mais, au total, on releva une forme de redondance, l’aspect un peu différent des sons et de l’instrument s’estompant vite, à mesure qu’une trop forte homogénéité ressortait de la prestation.
Positionnés en fond de scène, Jean-Luc Guionnet et Will Guthrie venaient présenter leur projet « Electric Rag », duo d’improvisation free jazz qui, en bonne logique, fut fiévreux dans ses trois premiers quarts. Will Guthrie frappait, ainsi, sa batterie de manière très rythmée tandis que Jean-Luc Guionnet, assis derrière son orgue électrique, enchaînait les notes aigues typiques de ce style musical, associées à des basses saturées. Pour chercher nuances et variations, il fallut attendre que le batteur posât un bol sur ses fûts ou utilisât un tambour à boules fouettantes. L’entrée d’un saxophone alto, joué par Guionnet resté assis (en hommage au public et au protocole sanitaire ?), se fit dans la même tonalité, avant que le dernier quart se montra plus posé. Guthrie opérait, alors, avec une mailloche dans la main droite et une baguette dans la gauche et Guionnet jouait de manière moins chargée, finissant leur demi-heure dans un registre plus apaisé.
le 24/01/2022