Festival Premiers Plans d’Angers 2022 - Reprise du Palmarès

 date

du 24/01/2022 au 30/01/2022

 salle

Forum des Images,
Paris

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Nouvel exemple d’une manifestation cinématographique qui retrouva un public en salles, après une édition en ligne, les Premiers Plans d’Angers ont profité de cette forme de césure pour créer une nouvelle section (« Vertiges ») dédiée aux films de genre. Pour sa compétition plus traditionnelle des longs-métrages, le festival alla chercher un peu partout en Europe (à l’Est, au Nord, au Sud) sauf dans des pays anglophones, sans qu’on pût mettre sur le compte du Brexit cet élément purement circonstanciel. À la différence du palmarès des films longs (les quatre prix allant à quatre films différents), celui des courts-métrages français était très resserré (deux films raflèrent six des sept prix) et permit, logiquement, de retrouver les deux propositions lauréates de ces six prix lors de la reprise parisienne.

Prix de bibliothécaires, de jeunes internationaux et d’interprétation masculine, Caillou se fait tendrement décalé pour suivre la trajectoire d’Elias, 17 ans, dont le père décède. À rebours de ce que tout le monde attend de lui, le jeune homme suivi par Mathilde Poymiro continue sa vie, entre soirées et repas à la cantine, sans quitter son bonnet rouge à pompon, sorte de doudou totémique. Entre récit d’apprentissage et film de deuil, Caillou touche par sa forme de grâce légère et sincère. Plus vif, Haut les Cœurs (Grand Prix du jury, Prix du public et d’interprétation féminine) semble se dérouler classiquement (vannes entre ados, petites cruautés dans le bus qui les ramène du collège et du lycée, temps passé sur Snapchat) avant que n’émerge la figure un peu romantique de Mahdi, 13 ans. La double chute que prévoit Adrian Moyse Dullin vient, au bout du compte, emporter l’adhésion et sortir un peu des sentiers battus.

Pour les films d’écoles, le Prix des étudiants alla à Other Half de la Britannique Lina Kalcheva, réalisé en stop motion et pâte à modeler, nouvel exemple de récit très symboliste au propos assez convenu sur la différence et l’altérité. Le public remit son Prix, dans cette même section, à Doosra de Keerthigan Sivakumar, attaché à un réfugié sri-lankais installé à Lausanne et qui cherche à aider son prochain. Attendrissant dans sa forme de naïveté non feinte et pas trop appuyé dans sa peinture de la solitude des villes et du statut de réfugié, le film suisse confirma le bon niveau des artistes venus de l’ECAL (École Cantonale d’Art de Lausanne).

Enfin, Grand Prix du Jury des courts-métrages européens, O Que Resta, du Portugais Daniel Soares déploie une narration un peu attendue en confrontant un vieil éleveur de moutons souhaitant vendre sa dernière bête au monde extérieur. Se heurtant aux avanies contemporaines (« avez-vous téléchargé notre application ? » lui demande-t-on à l’entrée de la foire aux bestiaux), Emilio évolue dans un monde qu’il ne comprend plus, où il se sent aussi seul que son dernier mouton.

Un peu cousin de Julie (en 12 Chapitres), sorti l’an passé sur les écrans, Ninjababy se déroule aussi à Oslo, avec une jeune femme comme protagoniste principale, parvenue à un carrefour de sa vie. Tombée enceinte par inadvertance, ne s’en rendant compte qu’au bout de six mois, Rakel vivait, jusqu’alors, de bitures et d’histoires sans lendemain, dans la colocation partagée avec sa sœur. La Norvégienne Yngvild Sve Flikke fait le choix de la comédie pour traiter ce sujet, de dialogues enlevés et de situations cocasses. À la manière d’un Jiminy Cricket, un bébé dessiné (le Ninjababy du titre) émerge de ses dessins (Rakel aspirait à devenir autrice de BD), avec lequel elle interagit, échange et discute des options s’offrant à elle. Le regard alternatif qu’il lui propose d’avoir s’intègre sans peine dans le film, rajoutant une couche supplémentaire, à la fois bizarre et fantaisiste. Ce travail formel résonne donc intelligemment avec l’évolution du personnage, dans un film qui reçut logiquement le Prix du Jury au sein de la compétition des longs-métrages.

Date de sortie :
 Ninjababy : 21 septembre 2022

François Bousquet
le 11/02/2022

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