12/02/2022
Crédac,
Ivry-sur-Seine
Comme d’autres manifestations, Sons d’Hiver aime occuper des espaces un peu différents des théâtres et salles de concerts. Nouvelle preuve pour cette édition 2022 avec une date programmée au Crédac, au sein de l’exposition de Simon Boudvin dont ces pages rendront prochainement compte. Cette programmation de samedi après-midi nous donna aussi l’occasion de revenir à ce festival que nous avons, en vérité, très peu fréquenté en comparaison de Banlieues Bleues, l’autre temps fort banlieusard dédié au jazz.
Avant d’intervenir le soir même dans un autre lieu d’Ivry-sur-Seine, Joëlle Léandre était conviée à rejoindre deux musiciens qui étaient intervenus la veille, au sein d’un ensemble plus large. C’était donc une sorte de rencontre un peu impromptue, entre des temps plus officiels, propre à amener à une séance d’improvisation, alternant trio et duos, et mettant aux prises deux contrebasses et un saxophone alto. Sans qu’on sache si les musiciens avaient eu le temps de se concerter au préalable, ils rentraient tout de suite dans le vif du sujet, sur chacun des morceaux proposés, conservant la même densité et la même impression de fièvre passagère avec des morceaux assez peu longs. Luke Stewart proposait un travail quasi-percussif de sa contrebasse, laissant presque davantage entendre les frappes sur ses cordes slappées ou jouées étouffées que les notes jouées en tant que telle, frottant la partie du manche située au-dessus de la table d’harmonie, ou brossant même le sol cimenté avec la pique de son instrument (cette tige métallique qui permet de le relier au sol).
Keir Neuringer, de son côté, travaillait sur le souffle avec de brèves interventions de son saxophone alto, dans un registre très free jazz, et parvint aussi à jouer des claves et du triangle, rajoutant une dimension percussive supplémentaire à celle de son compatriote. Aux côtés des États-Uniens, Joëlle Léandre intervenait à l’archet, lâchant des notes saccadées, complétées par moments par des interjections quand elle jouait directement de sa contrebasse avec les doigts. Se complétant intelligemment, trouvant vite leurs points d’accroches, les trois musiciens explorèrent ainsi ce registre de la musique « libre », avant de terminer par un morceau dans lequel Neuringer lia ses notes de saxophone, tandis que ses deux acolytes emplissaient l’espace (elle à l’archet, lui aux doigts). Qu’on se rassure, néanmoins, la toute fin de ce titre conclusif se fit en tapotant sur les clefs du saxophone, manière de bien rappeler quelle était la ligne directrice de ce set.
le 16/02/2022