Samuel Fosso

 date

du 10/11/2021 au 13/03/2022

 salle

Maison Européenne de la Photographie,
Paris

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Maison Européenne de la Photographie / Samuel Fosso

 liens

Maison Européenne de la Photographie

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Figure un peu connue des Parisiens depuis sa contribution aux 50 ans du magasin Tati, pour lesquels il avait posé dans diverses tenues archétypales (« La Femme américaine libérée des années 70 », « La Bourgeoise »…), Samuel Fosso travaille depuis une cinquantaine d’années, dans ses studios successifs de Bangui. Principalement attaché aux enjeux de la représentation, le Camerounais est souvent son propre sujet, dans des séries d’autoportraits quasi-exclusivement réalisées en intérieur, dans ses propres espaces. Au fil des années, retracées dans un parcours chronologique donné dans les deux étages supérieurs de la Maison Européenne de la Photographie, il s’est, ainsi, portraituré sous divers jours.

La Femme américaine libérée des années 70
(courtesy Galerie Jean-Marc Patras)

Dans ses premiers temps, c’est, en noir et blanc, vêtu de tenues typiques des années 70, qu’on le retrouve, à la fois charmeur et conscient du charisme qu’il peut dégager. Réalisant ces épreuves en parallèle de son travail alimentaire, de commande (portraits pour des papiers d’identité, photos avec enfants lors d’une naissance, couples saisis pour un mariage…), Samuel Fosso y voit un moyen de témoigner de l’époque qu’il traverse tout en prenant, en parfait contemporain (selon la définition qu’en fait Giorgio Agamben), une légère distance avec son temps. Vient ensuite le moment des séries en couleur, dont celle pour le cinquantenaire de Tati, assez proche, dans son esthétique, des travaux de Pierre & Gilles (couleurs vives et presque saturées, aspect un peu kitsch des compositions, goût pour le travestissement et les accessoires, caractère camp de l’ensemble).

extrait de la série Black Pope
(courtesy Galerie Jean-Marc Patras)

Plus tard, Fosso ira chercher, non plus l’identification à des parangons stylistiques, mais l’incarnation de personnages historiques. Dans African Spirits, ce sont des personnalités africaines ou afro-américaines qu’il reproduit (Mohammed Ali, Nelson Mandela, Angela Davis, Martin Luther King, Leopold Sédar Senghor…) dans des postures connues, mais sans légende, laissant au visiteur le soin de relier noms et photographies. Un sous-texte politique se dessine alors possiblement, autour du regard occidental porté sur ces individualités ; sous-texte qu’on peut aussi deviner dans la série Emperor Of Africa, dans laquelle le photographe se saisit grimé en Mao Zedong, dans son imagerie de propagande, manière de relier Afrique et Chine, deux anciennes dominées dont la seconde est en train d’exploiter la première. Continuant sa démarche de mise en lumière de son continent (ou des angles morts attachés à lui), Samuel Fosso se dote des attributs papaux (férule surmontée d’une croix, tenue blanche) pour personnifier un Black Pope qui, aujourd’hui encore, n’est qu’une utopie.

Mais cette capacité d’incarnation ne se résume pas à des figures d’autorité puisque la série Mémoire d’un Ami le voit recréer la dernière nuit d’un de ses amis, assassiné par la milice centrafricaine dans sa chambre. L’attachement aux anonymes, auxquels il veut rendre hommage, lui permet aussi de se saisir habillé comme les « tirailleurs sénégalais » des deux guerres mondiales. Asséchant de plus en plus son propos, le Camerounais présente, enfin, une récente série constituée de dizaines de petits autoportraits, cadrés comme une photo d’identité, où les mouvements du visage, d’un cliché à l’autre, permettent de retracer toute la palette des émotions, et de convaincre, ainsi, qu’il n’est pas qu’un pasticheur un peu malin et politique.

Itinérance de l’exposition :
 du 29/05/2022 au 20/11/2022 : Walther Collection - Neu-Ulm (Allemagne)
 du 10/12/2022 au 12/03/2023 : Huis Marseille - Amsterdam (Pays-Bas)

François Bousquet
le 23/02/2022

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