25/02/2022
Stereolux,
Nantes
Après avoir rapidement quitté le Blockhaus DY10 et traversé le boulevard, on rejoignit Stereolux, principale salle de musiques actuelles de Nantes, située dans les Nefs, après le célèbre éléphant et les autres machines de l’île. Organisées depuis une demi-douzaine d’années, les soirées Électrons Libres se veulent ouvertes aux artistes numériques, combinant musique et visuels. Comparables à ce que la Biennale Nemo peut offrir en région parisienne, ces soirées trimestrielles ont ainsi déjà accueilli des créateurs familiers de ces pages (Robert Henke, Robin Fox, Plaid ou Franck Vigroux). Pour l’édition de fin février, la tête d’affiche était Ryoji Ikeda, venu proposer un set inspiré de son album Supercodex, publié en 2013. Auparavant, trois autres concerts étaient proposées, dans un schéma intelligent, alternant la grande salle (dite « Maxi ») et la petite (dite « Micro »), favorisant l’enchaînement et la circulation.
Venant d’un autre concert, donc, nous ne pûmes assister qu’aux dix dernières minutes du set de Sahar Homami, iranien.ne à l’électronique plutôt fine, agrémentée de visuels de lignes blanches et de formes géométriques numériques. Dans la salle Maxi, Cyril Meroni & Olivier Vasseur s’étaient installés pour offrir une électronique assez basique, heureusement rehaussée par une vraie batterie, jouée en direct, au son clair et aigu. Les frappes sur les fûts et cymbales résonnaient, en outre, bien avec l’aspect minéral des compositions projetées en fond de scène : roches et autres blocs pierreux en 3D, avec modélisations et tracés lumineux réalisés sous nos yeux. Vers les deux-tiers de leur prestation, les deux Français introduisirent un intermède scientifique autour du concept d’entropie ; trop abscons et trop long, ce passage égara quelques spectateurs, dont il faut reconnaître que nous fûmes.
Basculé dans la salle Micro, le public poursuivit la soirée avec Ralf Baecker qui fit couler quelques gouttes de galinstan (un alliage métallique liquide et argenté) dans une coupelle transparente. Une tige en métal, trempée dans le métal, était reliée à ses machines, de manière à apporter des impulsions électriques venues des oscillations musicales. Le métal mutait donc, en fonction des compositions interprétées par l’Allemand : des bulles se formaient, des follicules apparaissaient, des chimères et éléments biomorphiques se créaient, entre test de Rorschach et matière de science-fiction. Musicalement, des bouillonnements et un travail sur les fréquences permettaient de générer ces impulsions, dans une forme témoignant d’une excellente liaison entre les deux, tant était que, parfois, on se demanda qui, de la musique ou du métal, dirigeait l’autre.
Habitué de la traduction live de ses albums, Ryoji Ikeda avait, ainsi, été chroniqué ici pour diverses prestations de ce type, mais pas encore pour Supercodex. Pour autant, le résultat fut assez voisin des précédentes recensions des concerts du Japonais : articulation entre des visuels noirs et blancs (formes géométriques, code-barres) jouant ostensiblement sur l’éblouissement que procurent les blancs dans une salle éteinte, et une électronique fragmentée, montant progressivement en puissance. Le clignotement et la fréquence très rapprochée de changements de visuels répondait, en outre, aux rythmiques soutenues, dans une forme de minimal techno qui se veut aussi enveloppante qu’implacable, conduisant vers un final saturé. Pas beaucoup de surprise, donc, même après plus d’une dizaine d’années sans avoir vu le Japonais, mais le plaisir à retrouver un musicien maître de son art.
le 02/03/2022