(Textile Records / Kuroneko)
28/01/2022
Rock

Recensé uniquement sur nos pages à l’occasion de leur (excellent) concert aux Voûtes en 2004, Movietone avait cessé ses activités peu après. Alors que deux de ses membres (Kate Wright et Matt Jones) se sont lancés dans un nouveau projet (1000 Dawns), le label français Textile Records a la bonne idée de publier les trois Peel Sessions données par le groupe anglais entre 1994 et 1997, soit au moment des premiers travaux de la formation, avant qu’elle ne soit signée sur Domino. Comme souvent sur les disques retranscrivant des Peel Sessions, on se situe à mi-chemin entre l’enregistrement de studio et la captation de concerts : se déroulant sans public (à la différence des Black Sessions, leurs cousines françaises menées, en son temps, par Bernard Lenoir), ses sessions font pourtant souvent l’objet d’une seule prise, dans le confort d’un studio néanmoins (ingénieurs du son talentueux, multiples instruments disponibles dans les locaux de la radio, etc…).
Le résultat n’est donc pas forcément très éloigné de ce qu’on connaît des disques studio avec, toutefois, un peu plus de liberté dans le jeu ou des morceaux parfois interprétés un peu différemment. Disposées chronologiquement sur ce long-format, les trois Peel Sessions permettent de retrouver des morceaux-phares du groupe de Bristol (Mono Valley, placé dès l’ouverture et dans lequel Matt Elliott cassa véritablement du verre pendant l’enregistrement ou, plus loin, The Voice Came Out Of The Box And Dropped Into The Ocean qui sera renommé, sur disque, Useless Landscape, ou encore Hydra et The Blossom Filled Streets) avec leurs lancinantes ligne de guitare, leur piano un peu martelé, le chant murmurant de Kate Wright et la clarinette de Ros Walford en invitée.
La richesse de l’instrumentation favorise, en outre, le passage d’un instrument à l’autre, et Florence Lovegrove, traditionnelle violoniste et bassiste, peut, ainsi, s’asseoir au piano sur le beau Chocolate Grinder (qu’on connaîtra, ensuite, sous le titre de Night Of The Acacias). Rachel Coe vient, par ailleurs, renforcer le groupe en intégrant, de manière pérenne, une clarinette joliment mise en avant dans Facing West From California’s Shores. Cette sortie bienvenue de Textile Records permet également de poser, sur support physique, un titre de Lynda’s Strange Vacation (Stone), trio formé par Matt Elliott, Kate Wright et Rachel Coe avant Movietone, pour une proposition un peu brouillonne, et caricaturale du lo-fi des années 90 (guitare électrique saturée, son pas très propre, urgence de l’écriture et du jeu, chant filtré et semblant, lui aussi, paré d’électricité).
Plus généralement, ce disque est l’occasion de constater que, bien que saisis par des professionnels, avec le matériel poussé de la BBC, certains enregistrements paraissent avoir été captés sur des 4-pistes, dans des conditions rudimentaires, comme si la musique des Anglais, entre post-rock et lo-fi, finissait toujours par prendre le dessus sur les instruments de captation. C’est possiblement la force de Movietone : avoir su être très exactement de son temps et de son lieu, constituer un mètre-étalon de cette scène britannique lo-fi de ces années-là.
le 31/03/2022