mauvaise

 auteur

debbie tucker green

 metteur en scène

Sébastien Derrey

 date

du 05/04/2022 au 15/04/2022

 salle

Théâtre de Gennevilliers,
Gennevilliers

 appréciation
 tags

debbie tucker green / Théâtre de Gennevilliers

 liens

Théâtre de Gennevilliers

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Progressivement traduite et montée en France, debbie tucker green (tout en minuscules, comme les titres de ses pièces) est une autrice anglaise, d’origine caribéenne, aux textes souvent forts et centrés sur des personnalités féminines affirmées. Avec mauvaise, on se situe au sein d’une famille pleine de non-dits, dans laquelle Fille a été violée, enfant, par son père, avec la complicité (ou a minima le silence honteux) de la mère et de sa fratrie. Présente sur le plateau, Fille invective ses parents, tance sa mère, lui reproche d’être restée muette et aveugle à sa situation, l’insulte et lui crache, ad nauseam, le terme de « chienne ».

Simplement assis sur des chaises en plastique, sur une scène dénudée, les membres de cette famille vont, tour à tour, être pris à partie par Fille, incarnée par Lorry Hardel avec tout le flow continu qui sied à son personnage, insistant sur ses « ch » et ses « s », apportant une forme de musicalité à son phrasé, renforcé par une gestuelle convoquant souvent des index pointés vers le bas et une scansion du bras de ses paroles. Tandis qu’une de ses sœurs semble montrer un peu d’empathie, une autre opte pour le déni, réfutant toute évocation de l’inceste. Reste, enfin, le frère, mêlé aussi à cette histoire tragique, pour aboutir à une sorte de concurrence des victimes, rajoutant de l’effrayant à l’abject.

Très bien traduite par Gisèle Joly, Sophie Magnaud et Sarah Vermande, la langue de debbie tucker green se trouve bourrée d’argot et de parlé de la rue (syntaxe approximative, mots mangés, mêmes termes revenant en boucle), dans une vigueur et une urgence qui retranscrivent impeccablement le bouleversement vécu par la famille. Montrant un éventail de réactions face à cette indignité (jusqu’au fatalisme du frère, osant dire à sa sœur : « est-ce que ça vaut le coup de se fader tout çà ? »), mauvaise secoue le spectateur par cette langue, la mise en scène de Sébastien Derrey faisant le choix de la mettre en majesté, avec de simples noirs entre chaque séquence, juste assez pour reprendre son souffle et plonger dans le prochain déferlement.

François Bousquet
le 08/04/2022

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