La Faculté des Rêves

 auteur

Sara Stridsberg

 metteur en scène

Christophe Rauck

 date

du 17/03/2022 au 08/04/2022

 salle

Théâtre des Amandiers,
Nanterre

 appréciation
 tags

Sara Stridsberg / Théâtre des Amandiers

 liens

Théâtre des Amandiers

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Figure passée à la postérité pour avoir tenté d’assassiner Andy Warhol d’un coup de pistolet en mai 1968, Valerie Solanas a été souvent saisie par les arts puisque déjà trois pièces de théâtre retracent son parcours, en plus du film I Shot Andy Warhol et du roman La Faculté des Rêves, dont est adaptée la pièce montée par Christophe Rauck. Au reste, il est assez singulier que le metteur en scène français ait préféré partir du livre de Sara Stridsberg plutôt que de la pièce de théâtre qu’elle avait elle -même conçue. Souhaitant possiblement prendre davantage de recul par rapport à l’autrice et livrer sa propre vision de l’activiste féministe, Rauck offre le rôle principal à Cécile Garcia-Fogel, omniprésente pendant les deux heures d’un spectacle au récit quasi-linéaire, nonobstant quelques flash-backs.

La création déploie une capacité à bien rendre compte de la personnalité torturée de Valerie Solanas, même si le recours aux inévitables trauma de l’enfance, relation à la mère et hommes qui l’abusent (physiquement comme professionnellement) peut paraître un rien outré. Pour servir ce parcours, Cécile Garcia-Fogel opte pour une interprétation un peu en force et performative (cet éternel recours, processus récurrent chez Rauck, à la position allongée dos au sol, la tête vers la salle et les jambes pliées), mais à la vraie présence, notamment grâce à sa voix, à la fois très théâtrale dans ses ports de syllabes et voyelles, et un peu gouailleuse, rendant ainsi compte du caractère insaisissable de l’héroïne.

Sur un sol où se dessine un grand triangle blanc, le plateau est doté d’un caisson, utilisé pour créer une perspective, délimiter une pièce (l’intérieur de la Factory, la chambre de l’hôpital psychiatrique où elle sera internée après la tentative de meurtre) ou bien servir de support à quelques projections. Plutôt sobre, cette scénographie autorise plusieurs usages et des gestes assez inventifs. En parallèle, le texte de l’autrice suédoise se montre un peu trop démonstratif, ressassant les mêmes formules (écrites par Solanas elle-même, dans le SCUM Manifesto, son pamphlet féministe et anti-patriarcat) et les mêmes souvenirs (à l’image du viol perpétré par son père, raconté plusieurs fois, à plusieurs moments du spectacle). Cela conduit alors à une forme de complaisance qui vient, malheureusement, prendre le pas sur la radicalité voulue du propos.

François Bousquet
le 20/04/2022

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