Banlieues Bleues 2022 : Kirke Karja, Étienne Renard & Ludwig Wandinger + Remix : Jan Bang, Erik Honoré & Eivind Aarset / Asynchrone + Remix : Jan Bang, Erik Honoré, Eivind Aarset & Canberk Ulaş

 date du concert

11/04/2022

 salle

Dynamo,
Pantin

 tags

Banlieues Bleues 2022 / Dynamo / Erik Honoré / Jan Bang

 liens

Dynamo
Banlieues Bleues 2022
Jan Bang

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Déjà tissé en 2015, le lien entre Banlieues Bleues et le festival Punkt fut réactivé pour cette édition 2022. Tenu chaque année à Kristiansand, cette manifestation est connue pour ses « Remix », propositions réalisées après chaque concert, dans lesquelles des musiciens partent de la prestation qui vient d’être donnée pour la remodeler et la retravailler à leur façon. Mettant souvent aux prises des acteurs de la scène électronique et jazz norvégienne, ce format se déplaçait donc à Pantin pour deux soirs, occasion de découvrir cet exercice, comme les formations invitées à présenter les concerts principaux.

Kirke Karja, Étienne Renard & Ludwig Wandinger

Pour ouvrir les débats, en ce lundi soir gentiment rempli, un trio international prit place : Kirke Karja au piano, Étienne Renard à la contrebasse et Ludwig Wandinger à la batterie. Constitué depuis deux ans, le trio offrit un jeu d’ensemble un peu et sec et percussif, avec peu de place (sauf à quelques endroits, tels l’ouverture de Miniature) pour la rondeur de la contrebasse du Parisien ou un semblant de mélodie. Au contraire, le Berlinois frappait sur ses nombreuses cymbales (la plupart étant tordues), utilisait une grande feuille de papier prise dans un cerceau, frottait des tiges de fer contre ses disques métalliques pendant que l’Estonienne travaillant ses notes de piano en pinçant les cordes de son instrument. Quelques accents plus nerveux se firent ensuite entendre dans des passages free, mais le trio se distinguait, en réalité, par un regard surtout porté vers la musique contemporaine ou concrète. Kirke Karja livrait peu de mélodies, donc, mais un jeu très rapide et frénétique du piano, allant chercher les notes très aigues ou très graves de son clavier.

Pour le « Remix », les notes de guitare électrique d’Eivind Aarset figuraient vaguement celles du piano, tandis que Jan Bang lançait des samples du concert précédent, les troncaturant et y ajoutant effets et électroniques. Posté côté cour, Erik Honoré utilisait un synthétiseur pour un résultat moins lisible que celui de ses deux compères norvégiens, mais qu’on assimila surtout à une forme d’ensemblier, organe nécessaire pour mettre le tout en cohérence.

Asynchrone

Pensé comme un hommage à Ryūichi Sakamoto, le projet Asynchrone est formé autour du claviériste Frédéric Soulard et du violoncelliste Clément Petit. Entouré d’autres instrumentistes (cuivres, flûte traversière, piano et batterie), ce duo partit effectivement, sur quelques pistes, de lignes sérielles qu’on put assimiler à des compositions du Japonais. Globalement, le sextet se montra ainsi plus pertinent quand il agissait dans la sobriété : solo profond de clarinette basse d’Hugues Mayot accompagné par quelques notes de piano de Manuel Peskine, chant quasi a capella des six musiciens, tout juste soutenu par le violoncelle joué aux doigts avec beaucoup d’ampleur. Pour le reste, Asynchrone eut tendance à noyer les sonorités japonisantes sous des effets (même sur la flûte traversière de Delphine Joussein, synthés, boîtes à rythmes et nombreuses percussions sèches (sistre, claves, bongos, cloches…). Ce manque de délicatesse se retrouvait même dans les tenues de scène (gilet un peu arlequin de Vincent Taeger à la batterie, veste rouge trop grande et retroussée aux manches de Mayot). Le dernier morceau, avec sa ligne mélodique de violoncelle jouée de plus en plus vite, son travail sur le souffle détimbré du saxophone ténor et son piano opérant en accords, permit une fin plus apaisée.

Belle transition vers le « Remix », ce titre caudal servit de planche d’appel aux trois Norvégiens, rejoints par Canberk Ulaş au duduk, assis au milieu de la scène, qui opta pour des interventions profondes. Articulées avec les souffles et crépitements de Jan Bang, et quelques divagations de guitare d’Eivind Aarset, ces improvisations s’envolèrent assez haut dans la nuit tombée, et nous apportèrent un peu de sérénité, voire d’invitation à une introspection bienvenue.

François Bousquet
le 19/04/2022

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