Kelpe - Freeform - Modeselektor

 date du concert

16/02/2006

 salle

Gaslab,
Eindhoven (Pays-Bas)

 tags

Freeform / Gaslab / Kelpe / Modeselektor

 liens

Modeselektor
Kelpe

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Aux destinations déjà bien variées couvertes dans ces pages, ajoutons une première avec cette excursion en territoire néerlandais à laquelle nous convie un collectif d’étudiants passionnés. Nous nous trouvons en plein coeur de l’université technologique de cette ville du sud des Pays-Bas pour un concert à l’affiche alléchante qui présente de surcroît l’avantage étonnant de la gratuité.

Quelques minutes après être entré dans le moderne bâtiment cubique abritant la salle, peu peuplé à cette heure, nous nous en évadons aussitôt grâce à la musique gracieuse et éminemment onirique de Kel McKeown, aka Kelpe, auteur avec le merveilleux Sea Inside Body de l’un des joyaux electronica de ces dernières années, que l’on ne saurait trop recommander. C’est d’ailleurs principalement pour lui que nous faisions le déplacement. Le dialogue permanent entre rythmique délicate et entraînante et mélodies ravissantes que nous propose le Londonien nous permet une divagation mentale permanente qui fait le plus grand bien.
Le set est, logiquement, proche de l’album (un maxi est toutefois sorti il y a quelques mois, toujours sur le label de J. Saul Kane, aka Depth Charge) mais les pièces sont modifiées et agencées différemment. Le chemin mental qu’elles suggèrent à l’auditeur n’est dès lors pas tout à fait le même, avec toutefois le plaisir de parcourir un terrain familier et charmant. C’est une electronica classique et pure qui nous est offerte, fortement empreinte d’émotions et de sentiments, et néanmoins rythmée de façon imparable. Mélodies oniriques récurrentes, transitions par craquements méticuleux... Tout contribue à l’enthousiasme et l’on cache difficilement son impatience de découvrir le 2e album que prépare le Londonien.

Forcément, Freeform allait avoir du mal à maintenir un tel niveau, d’autant que l’Anglais, qui a produit quelques disques marquants sur Warp ou Worm Interface au début de sa carrière, nous laisse perplexe depuis plusieurs années, ses derniers albums sortis chez Skam (Human et Outside In l’an dernier) ne nous ayant pas vraiment convaincu. Simon Pyke n’utilise pas de laptop et est affublé d’un gadget original : une mini-caméra fixée sur son poignet, grâce à laquelle sont projetées les images - par définition vacillantes et générant une sensation de tangage marquée - des triturations du séquenceur et autres générateurs d’effets qu’il emploie.
Sans emporter véritablement l’adhésion, le début du set est assez engageant, mais ensuite ça se délite et pour tout dire ça part un peu en vrille dans la seconde moitié. On se demande où il veut en venir, tant fait ici défaut une idée directrice correctement exploitée à laquelle on pourrait se raccrocher. Certains passages réussis surnagent cependant au milieu d’une sorte de chaos postmoderne peu ragoûtant, surtout sur la fin. Bref, après un bon début IDM, Freeform semble se chercher jusqu’au bout du monde (voir son disque enregistré au Vietnam et en Chine) sans parvenir à trouver le chemin de grâce de nos oreilles.

Nous subissons ensuite un intermède clubbing d’assez mauvais goût avec le Néerlandais Orgue Electronique, qui allonge inutilement une affiche déjà bien dense pour un soir de semaine. Sans inspiration ni intérêt, sans idées, ce roulement tech-house continu est une parenthèse malvenue dans une salle désormais comble et qui visiblement apprécie.
La sauce est rattrapée grâce au duo Modeselektor, qui fait de plus en plus parler de lui depuis le remarquable album Hello Mom ! sorti il y a quelques mois chez BPitch Control. Ici, c’est non pas une, mais 20 idées à la minute qui nous sont proposées. Faisant preuve d’une maîtrise imparable et stupéfiante (au sens propre du mot...), Modeselektor nous livre un set mieux construit et plus percutant que lors du Panoptica 2004, au cours duquel nous les découvrions.
Motifs presque house, grincements electronica, gimmicks électro-pop eighties, forte dimension hip-hop, allusions plus tribales, le duo n’a pas son pareil pour enflammer son auditoire et faire mouche à chaque instant. Leur dialogue enjoué au laptop - dont on se demande toujours comment ils peuvent le conduire avec autant de précision et de doigté quand on sait ce qu’ils peuvent ingurgiter comme bière à la minute - n’a laissé personne de glace et certainement pas nous. Voilà un act à ne surtout pas rater si l’occasion se présente, qui clôtura de manière extatique une sympathique excursion en dehors de nos frontières qui avait également on ne peut mieux commencé.

Gilles Genicot
le 19/02/2006

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