Les Femmes de la Maison

 auteur

Pauline Sales

 metteur en scène

Pauline Sales

 date

du 11/05/2022 au 22/05/2022

 salle

Théâtre Gérard-Philipe,
Saint-Denis

 appréciation
 tags

Pauline Sales / Théâtre Gérard-Philipe

 liens

Théâtre Gérard-Philipe

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Partie de personnages réels (Germaine Krull, Judy Chicago, Myriam Schapiro), Pauline Sales a intelligemment mêlé leurs histoires, en sortant d’une narration platement biographique, pour mettre en lumière l’évolution du discours féministe, en l’articulant autour d’un lieu, cette maison que Joris Ivens, mari de Krull lui avait achetée pour en faire son studio de photographie. Cette demeure devient, dans la pièce de la Française, celle dans laquelle Judy Chicago et Myriam Schapiro créent une installation vingt ans après et, enfin, un lieu de résidence pour femmes écrivaines, de nos jours.

Réceptacle de ces figures successives, la maison évolue au gré d’adroits changements de lumière et d’accessoires qui, avec peu de choses et combinés aux tenues et coiffures des protagonistes, nous plongent immédiatement dans les années 1950, 1970 ou 2020. Assez discrète dans le premier tiers, l’affirmation féministe prend un tour plus exacerbé et voisin de l’agit-prop dans la deuxième séquence, à mesure que la libération sexuelle et féminine se concrétise. Dans le même temps, plusieurs manifestations de cette revendication sont exprimées sur le plateau, entre versant démonstratif (expositions, manifestions, outrance revendiquée) et approche plus universitaire et posée, donnant à voir modalités d’expression et oppositions internes au courant féministe.

Pour la partie contemporaine, c’est un personnage inspiré par Paul B. Preciado qui se confronte à une autrice dramatique (Pauline Sales s’auto-parodiant), le/la premier/première très woke et la seconde n’arrivant pas à comprendre qu’une femme s’affirmant comme étant une femme ne fait, alors, que reproduire un schéma patriarcal antédiluvien. Véhiculant ainsi quelques touches humoristiques, ce personnage permet d’amener au propos une large part du public, qu’il soit lui-même « éveillé » à ces enjeux (et qui pourra, de la sorte, se moquer gentiment de cette autrice) ou bien peu au fait des concepts contemporains de combat contre l’invisibilisation (et qui se reconnaîtra dans ce tendre portrait).

Cette volonté inclusive se retrouve à d’autres endroits de la pièce, notamment grâce au personnage masculin (mécène, tour à tour, des trois trios féminins) qui ne se trouve ni sacrifié, ni vilipendé, ou bien par le biais de la dimension de surplomb que prennent les personnages, parlant d’eux à la troisième personne, ou donnant dans une forme d’exagération. Pour autant, ces choix n’écartent pas le spectateur du fond du propos, et constituent d’habiles relais, ou prises par la main, dans une tournure didactique tout à fait maîtrisée.

François Bousquet
le 16/05/2022

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