Copi
Thibaud Croisy
du 17/05/2022 au 23/05/2022
Théâtre de Gennevilliers,
Gennevilliers
Sans n’avoir encore jamais vu de spectacle de Copi, son imagerie nous était connue, avec cette excentricité, ce baroque et cette flamboyance associée aux années 1970 et 1980, décuplés par l’histoire personnelle de cet Argentin ayant quitté son pays pour Paris, avant d’être atteint du SIDA et de décéder en 1987, sans avoir 50 ans. Régulièrement monté sur les scènes françaises, l’auteur est présent à la fois pour ses seuls en scène (Le Frigo) comme pour ses pièces collectives, comme celle dont s’empare Thibaud Croisy.
Située en Sibérie, à une période indéterminée, l’action se concentre sur trois personnages (Irina, Garbo et la Madre), dont la première se trouve désirée par les deux autres, dans un jeu de domination teinté d’étrangeté, en raison de l’indétermination du sexe de chacun(e). Interprétées ici respectivement par deux femmes et un homme, ces trois figures traduisent bien la volonté de mélange, comme les possibilités qu’offre la pièce. Avec ses découvertes progressives (sur les relations interpersonnelles, leur passé et leurs motivations), le texte de Copi dépasse l’aspect psychologique dans lequel il pourrait verser, cherchant sur le plateau une véritable incarnation.
Pour servir cette langue, très crue (à la limite de la vulgarité, par endroits), Thibaud Croisy fait le choix d’un contrepoint, laissant de côté tous les artifices associés à l’auteur argentin pour opter pour un plateau quasi-nu (une chaise et une console demi-lune), un éclairage sobre, un sol simplement recouvert d’un tapis et des tenues plutôt strictes. Laissant ainsi le texte pleinement vivre (lequel peut, à force d’en rajouter, friser le grand-guignol), le metteur en scène ne surligne pas l’action, ne perturbe pas l’écoute ni la compréhension du propos, et permet de faire apparaître plus fortement encore la subversion d’une pièce écrite il y a une cinquantaine d’années, mais aux résonances très contemporaines.
le 30/05/2022