26/05/2022
Ateliers de Bitche,
Nantes
Comme tant d’autres manifestations, le festival Wine Nat / White Heat retrouve son format et ses dates traditionnels après deux ans particuliers (édition 2020 décalée puis annulée, édition 2021 positionnée à l’automne). Jusqu’à présent, ces pages n’avaient pas encore eu l’occasion de recenser cet événement nantais, né de la volonté de proposer un festival partagé entre « musiques obliques » et salon des vins naturels. En effet, la programmation n’était pas forcément en lien avec nos appétences, malgré la présence, par le passé, de quelques artistes appréciés (Will Guthrie, Oren Ambarchi, Maria W Horn). Avec la fin des activités du Festival Soy (dont il peut être vu comme le petit frère, partageant une certaine philosophie et un programmateur), Wine Nat / White Heat s’avère certainement comme le festival nantais le plus proche de nos convictions (ou, disons, le moins éloigné), justifiant un regard plus attentif, et notre venue pour cette huitième édition. Étirée tout au long du week-end de l’Ascension (du mercredi soir au dimanche après-midi, avec même un petit rab le jeudi suivant), la manifestation fait aussi, chaque année, le choix d’une itinérance dans la capitale régionale, passant de petites salles à des lieux moins identifiés.
Pour la première de nos deux soirées, direction les Ateliers de Bitche, lieu alternatif situé juste à côté de la Cité des Congrès, pour quatre propositions assez variées, ouvertes par le set de Marion Cousin et Kaumwald, dédié à des « romances de Extremadura », chantées en espagnol par la jeune femme. Postée à cour, munie de quelques petites percussions (cloches, maracas), d’une flûte à bec ou d’une shruti box, Marion Cousin en racontait quelques-unes à l’assistance, avant de se lancer dans ce chant triste et beau à la fois. L’aspect folklorique (percussions, chansons traditionnelles) se trouvait habilement contrebalancé par l’électronique et la batterie aux frappes parfois bien sourdes sur la grosse caisse, toutes deux produites par les garçons de Kaumwald. Leur prestation se montra plus pertinente quand le tempo s’élevait et que cette électronique était présente, que lorsque, comme sur le dernier morceau, ils donnèrent dans la complainte, soutenue par un oud joué à l’archet. Néanmoins, pour une ouverture d’une soirée éclectique, c’était tout à fait indiqué.
Autrice d’un récent premier album sur Constellation, Kee Avil y a livré un disque plutôt intéressant, sorte de pop expérimentale et minimaliste. Précisément, sur scène, on la retrouva dans un dénuement certain, simplement munie de sa guitare, les samples électroniques étant préenregistrés (gltichs enrichis, craquements, basses saturées) et lancés au fur et à mesure. Avec son instrument joué en arpèges clairs et sa voix assez blanche, la Canadienne enchaîna les titres dans un ensemble beaucoup trop uniforme, d’autant plus que l’aspect majoritairement « extérieur » de l’instrumentation faisait qu’au final, il ne se passait pas grand-chose sur le plateau, un plateau vide qui plus est. Au surplus, la jeune femme était assez statique, entraînant un cruel manque d’incarnation.
Il fallut attendre les deux derniers morceaux pour qu’il se passât (enfin) quelque chose, avec, tout d’abord, une guitare jouée dans les notes graves, pour créer une basse réelle, des breaks et un travail plus différencié. Puis, pour conclure, Kee Avil délaissa son instrument, s’empara de son micro à la main et se posta à l’avant-scène, dans un geste plus volontariste et plus impliqué, pendant que des nappes étaient envoyées en arrière-plan.
Autre musicien signé sur Constellation, Éric Chenaux est un habitué des scènes françaises, tournant régulièrement dans notre pays, avec son folk expérimental. Pour cette date, on le retrouva assis, avec sa guitare électrique, ses pédales d’effets posées sur des chaises à côté de lui et de la réverbération sur sa voix. Dans ses cinq longs morceaux, sa six-cordes s’installait progressivement, soutenant simplement le chant au début avant de se livrer à des soli tantôt folk, tantôt blues (travail au vibrato et à la pédale wah-wah), tantôt expérimental, tantôt countrysant. Ce schéma put se montrer un rien répétitif pendant la grosse demi-heure de concert du Canadien, mais fut conclu par une courte chanson en rappel, interprétée debout et a capella.
Pour clôturer la soirée, et afin de boucler la boucle avec le premier set, retour à un hispanophone avec Julián Mayorga, son petit costume et sa cumbia électronique. Un peu forcé dans son chant, l’Espagnol se montra toutefois assez rafraîchissant et suffisamment différent du reste de la soirée, confirmant la belle variété de celle-ci nonobstant sa réussite relative. Mélangeant rythmiques électroniques et aspects plus typiques (chœurs féminins samplés, guitare un peu funk, percussions sèches et dimension latina de l’ensemble), le musicien emporta rapidement l’adhésion d’un public pour qui l’heure était venue de faire quelques pas de danse.
le 31/05/2022