27/05/2022
Pannonica,
Nantes
Auteur d’un excellent album l’an passé, largement loué sur ces pages, Jason Sharp avait principalement motivé notre venue au Festival Wine Nat / White Heat (au-delà de la volonté de soutenir cette manifestation). Terminant par trois dates en France sa tournée européenne, le Canadien retrouvait, pour ce festival, deux autres compagnons de label (Kee Avil et Éric Chenaux, vus la veille aux Ateliers de Bitche), et se trouvait programmé au Pannonica, salle à l’esthétique qu’on pourrait situer entre les Instants Chavirés et la Dynamo (pour prendre des références franciliennes) et qui accueille régulièrement des dates de festival (Sonic Protest ou Variations, pour ce printemps), en plus de soirées consacrées au jazz.
Au reste, c’est dans une ambiance très « club de jazz » qu’on se retrouva à l’heure de l’apéritif (le concert était annoncé pour 19h, afin de laisser la possibilité d’aller dans un autre lieu par la suite, toujours dans le cadre de Wine Nat / White Heat) : discussions plutôt feutrées malgré le bar généreux, petites tables rondes et chaises de part et d’autre en contrebas de la scène, salle située en sous-sol (sous la salle Paul Fort, dédiée à la chanson actuelle), début du set à l’heure pile, à la minute près, aspect un peu érudit renforcé par l’explication donnée par Jason Sharp sur sa pratique, avant de débuter. Doté d’un capteur qui lui ceinturait le torse et saisissait les battements de son cœur, le Canadien anglophone intégrait ainsi ces pulsations pour structurer la plupart de ses morceaux.
À côté, les apports instrumentaux provenaient de son saxophone basse ou d’un bois, joués alternativement dans de longs aplats (accompagnés d’un jeu de balancier de ses bras pour s’approcher et s’éloigner du micro sur pied, créant des effets de fondus) ou bien dans de rapides enchaînements, propres à créer des lignes impeccablement adaptées aux rythmiques rapides. Ces compositions étaient relayées par des visuels de Guillaume Vallée, projetés derrière lui, sortes d’amas indistincts et un peu flous de couleurs et formes, comme si un zoom très puissant était fait sur un objet.
Pour compléter son propos, Jason Sharp disposait d’une interface MIDI, qui traitait ses pulsations cardiaques et ajoutait d’autres éléments électroniques plus aigus et plus libres, comme des petites mélodies sifflotantes et aériennes. Si le rythme de son cœur s’accélérait évidemment quand il jouait de ses instruments, créant une dynamique captivante, le Canadien clôtura son excellent concert en courant sur place, pour précipiter encore davantage ses battements cardiaques, tandis que des souffles et réminiscences de son instrument emplissaient l’espace sonore en parallèle. Physique et habitée, cette séquence conclusive se montra à l’image du reste d’une prestation aussi pleinement réussie que l’était The Turning Centre of a Still World.
le 02/06/2022