30/05/2022
Supersonic,
Paris
Il y a une quinzaine d’années, nous avions vus Immanu El à Mains d’Œuvres, à une époque où la scène post-rock suédoise était assez vivace, et au sein de laquelle le quintet n’était pas forcément le plus inventif, mais suffisamment cohérent pour produire un bon concert. Depuis, le paysage local s’est un peu raréfié, le post-rock est moins en vue, et nous n’avons écouté que rapidement les dernières productions du groupe de Stockholm qui, sur ses récentes sorties, semble s’orienter vers quelque chose de plus évanescent. En ce lundi soir, profitant d’un passage dans un festival à Gand le week-end précédent, les Suédois s’arrêtèrent à Paris, dans un Supersonic peu rempli (une trentaine de personnes, tout au plus), devancés par deux formations que nous ne pûmes voir.
Arrivé dans la salle de Bastille quelques minutes avant le début du set, on s’installa pendant que les musiciens finissaient de se mettre en place, ouvrant les débats avec Voices, titre récent, permettant de donner le ton : guitares carillonnantes de Claes Strängberg et Per Strängberg, batterie métronomique de Jonatan Josefsson, claviers et basse de David Lillberg et Emil Karlsson habillant l’ensemble. Sans nécessairement livrer des mélodies identifiables ou imparables, comme peuvent le produire d’autres formations voisines de post-rock chanté, Immanu El témoigna d’une réelle capacité à offrir quelque chose de très solide et équilibré, servi par un mix impeccable. Le choix de Claes Strängberg de chanter d’une voix un peu blanche se trouvait légitimé par quelques limites de justesse quand elle se timbrait (le début d’Empty Hands), mais surtout par la volonté d’intervenir sur des moitiés de morceaux, laissant place à des instrumentaux purs en seconde moitié ou, à l’inverse, n’arrivant qu’après une longue introduction (Sparks), comme si l’important résidait, avant tout, dans cette combinaison instrumentale.
Les titres les plus neufs manifestaient bien une certaine orientation plus atmosphérique, en comparaison d’une pièce comme Under Your Wings Ill Hide (ouverture de leur premier album, vieux de 2007) avec son passage très épique (guitare saturée, chant en note tenue). Ce balancement entre ces deux pôles était parfaitement assumé et maîtrisé, à l’image des soli de guitare de Per Strängberg, prenants mais jamais trop étirés. Avant-dernier morceau d’un set d’une petite cinquantaine de minutes, Empty Hands fut conclu par plusieurs minutes très belles, avec trémolo de Per Strängberg, accords grattés rapidement de Claes Strängberg et frappes soutenues à la batterie. Finissant à genoux ce titre, les deux guitaristes retrouvèrent la station debout pour Vesper, clôture d’un concert tout à fait revigorant.
le 07/06/2022