(Rune Grammofon / Kuroneko)
29/04/2022
Jazz

Morceaux étirés dans la durée et marqués par quelques soli, présence d’un invité de marque, reprise d’un titre pop (ou assimilé), atmosphère plus fiévreuse que sur disque, soli applaudis pendant que le thème est repris : les ingrédients traditionnels d’un live de jazz sont bien réunis sur In The Mountains. Après cinq albums studio, le trio mené par Espen Eriksen s’adonne, à son tour, à cet exercice, souvenir de plusieurs concerts donnés à Oslo et Poznan (en Pologne) entre 2018 et 2021. L’invité n’est, par ailleurs, pas vraiment une surprise car il s’agit du saxophoniste Andy Seppard, déjà auteur d’un long-format avec les Norvégiens en 2018, qu’on retrouve sur une petite moitié des pistes de cette heure musicale.
Sa présence est repérable d’entrée, à double titre même, puisque 1974 figurait déjà sur cet album de 2018, et que le saxophone s’y fait vraiment entendre, dialoguant avec le piano d’Eriksen pour des interventions solitaires très libres. La participation de Sheppard permet également de relire les titres-phares du trio, tel Anthem (morceau d’ouverture de leur premier album), le thème de piano (qu’on avait l’impression, à l’époque d’avoir déjà entendu, tellement il est évident) se trouve relayé par le saxophone qui le déploie un peu davantage, puis tresse des circonvolutions autour pour le rendre méconnaissable. En soutien, Andreas Bye frappe des mains ses percussions, tandis que Lars Tormod Jenset sait aussi espacer son jeu de basse.
Plus fiévreuse écrivions-nous en introduction pour évoquer l’atmosphère, cela se traduit particulièrement sur Suburban Folk Song, au tempo plus soutenu que sur disque, et aux accents et breaks plus marqués, ou bien sur le morceau-titre, qui frise avec les dix minutes, et développe un double solo simultané piano-saxophone, ou encore sur Dancing Demons qui monte gentiment et progressivement en puissance. À rebours, et comme on le relevait à propos de l’enregistrement studio, Perfectly Unhappy semble assez lisse et proche du décoratif.
Pour clôturer l’album, l’Espen Eriksen Trio reprend le thème du film Rosemary’s Baby de Roman Polanski, paraissant renforcer l’étrangeté un peu inquiétante de la ritournelle fredonnée originale, mais pour vite revenir à des rivages plus suaves, et offrir un écrin pour des divagations de piano, définitivement la marque de fabrique d’un live de jazz.
le 14/07/2022