Mia Hansen-Løve
Nicolas Pariser
du 16/06/2022 au 26/06/2022
Forum des Images,
Paris
Écarté assez étrangement de la direction de la Quinzaine des Réalisateurs après seulement quatre années (dont une annulée, pour raisons sanitaires), Paolo Moretti avait été avisé de cette décision dès l’automne dernier. Cela lui a permis de programmer une ultime sélection largement saluée par la presse, toujours aussi étendue en nombre (23 longs-métrages), un peu moins tournée vers les premières œuvres (sept), mais faisant toujours une belle place aux films français (huit). Par ailleurs, on relèvera un regard sur le bassin méditerranéen (Espagne, Liban et Tunisie par deux fois) et l’Amérique du Sud (Chili et Colombie), au détriment de l’Europe du Nord et de l’Est, bien servie les années passées (à l’exception, cette fois-ci, d’un film suisse et d’une réalisation ukrainienne). Les cinéastes invités étaient, dans la majorité, déjà un peu identifiés et, parmi ceux-ci, plutôt appréciés de ces pages, à commencer par Mia Hansen-Løve qu’on suit depuis 2004 (et un court-métrage vu au festival de Locarno) et qui sortait de l’excellent Bergman Island.
Un Beau Matin appartient plutôt à la veine autobiographique de la cinéaste, comme purent l’être plusieurs des films précédents d’une réalisatrice qui, même dans ses propositions non ouvertement inspirées de sa propre vie, aime laisser poindre quelques éléments personnels. Ici, c’est la figure de son père qui est au centre du récit, vieil homme atteint d’une maladie neuro-dégénérative, et dont sa fille s’occupe en même temps qu’elle mène sa vie de jeune veuve, mère d’une fillette. La délicatesse d’ensemble de Mia Hansen-Løve est, une nouvelle fois, à l’œuvre même si, dans l’ensemble, on resta un peu extérieur au film, comme si on n’arrivait pas à croire pleinement à cette histoire, au dévouement de la fille, à la proximité maintenue par l’ex-femme ou au parallèle fait avec une histoire d’amour vécue par l’héroïne. Assurément nécessaire, dans sa fonction cathartique, pour la réalisatrice française, Un Beau Matin ne l’est alors pas forcément pour le public, même s’il amène certainement à s’interroger sur les conditions d’accompagnement de ces maladies et, plus généralement, de la fin de vie. Manque aussi possiblement, mais le sujet s’y prêtait moins, une ampleur et une ambition formelle qui avaient pu être parfaitement déployées dans Bergman Island.
Autre cinéaste dont le dernier film en date nous avait emballés, Nicolas Pariser revenait à la Quinzaine des Réalisateurs après Alice et le Maire. Avec Le Parfum Vert, il change de registre, pour une comédie policière, dans laquelle l’enquête sur un meurtre commis sur un membre de la Comédie-Française est menée, dans toute l’Europe, par un duo assez décalé. Bien mené et interprété avec une certaine jubilation par Sandrine Kiberlain et Vincent Lacoste, le long-métrage nous a néanmoins donné la constante impression de ne pas savoir se situer, entre premier et second degrés. Entre les policiers et membres des services secrets qui jouent et tentent de résoudre l’intrigue de manière très sérieuse, les digressions sur la judéité et la menace complotiste et/ou d’extrême droite, d’une part, et le duo principal, qui enchaîne traits d’esprit, situations improbables et petites gaffes, d’autre part, les deux niveaux de lecture sont ainsi mêlés. Si on y ajoute de nombreuses références à Tintin (une bâtisse qui ressemble fort à Moulinsart, deux policiers à la moustache « dupondtesque », l’évocation d’un pays imaginaire d’Europe de l’Est au nom voisin de la Syldavie, la dégaine globale de Vincent Lacoste, les rebondissements et déplacements en train, etc…), on pencherait possiblement plutôt du côté du second degré, même si cela étonne un peu, eu égard au parcours de Pariser.
Pour son premier long-métrage, Charlotte Le Bon se place dans un terrain familier, à la fois dans la géographie de Falcon Lake et dans son sujet. Plastiquement, la Canadienne joue à fond sur la topographie du Québec et de ses paysages, pour raconter cette histoire estivale (route serpentant dans la forêt dense, lumière qui scintille sur la surface du lac, etc…) et nous proposer une variation sur l’éternel récit d’apprentissage adolescent, avec ses passages obligés : première soirée, première cuite, premier joint, premier amour, première pollution nocturne… Quelques moments un peu différents et vaguement audacieux pointent dans cette proposition très balisée qui dégage un léger charme évanescent, même si le film tourne vite en rond et va tout droit où on pensait qu’il irait (si tant est que ce double mouvement soit physiquement possible).
Autre premier film, Funny Pages nous parut nettement moins aimable, surlignant à l’envi sa volonté de se situer dans une veine tenant à la fois des esthétiques white trash et mumblecore. Quittant le lycée pour essayer de vivre de ses bandes dessinées, Robert va croiser une suite de personnes toutes aussi barrées les unes que les autres, et qui vont lui servir de modèle à ses créations. N’ayant jamais goûté cette veine du cinéma indépendant états-unien, cette première réalisation d’Owen Kline ne nous a pas réconciliés avec ce penchant pour les personnages un peu crades, un peu miséreux, un peu déformés, regardés avec une forme de voyeurisme frisant la condescendance, à force de les inviter à de l’exagération, voire du grand-guignol. Funny Pages n’y échappe pas, empilant les caractères ad nauseam, et donnant vite envie de distribuer des gifles à Robert, post-ado, au final, gâté et capricieux.
Pour clôturer notre petit tour d’horizon, une première réalisation, encore, venue du Chili, pays à la cinématographie plutôt intéressante. Proposée également par une comédienne (comme Falcon Lake), Chili 1976 puise aussi dans un genre balisé, mais moins ouvertement suivi ici, puisque ce thriller politique opte pour une forme assez sèche. Situé en 1976, le film suit Carmen, jeune grand-mère qui se retrouve à sortir de son quotidien bourgeois (maison de vacances pour y accueillir enfants et petits-enfants, mari médecin, achats de chaussures) pour s’occuper d’un jeune homme caché du régime de Pinochet. Sans effets tapageurs, ni personnages caricaturaux, Manuela Martelli dépeint alors cette atmosphère dans laquelle chacun s’épie, où la moindre voiture qui vous suit sur la route est suspecte et où un petit geste, même anodin, peut être très vite interprété contre vous. Avec un sens du mystère très affirmé et porté par une comédienne (Aline Kuppenheim) tout en intériorité, Chili 1976 abuse peut-être un peu de sa musique originale (à base de tuba, clarinette et électronique) pour faire sentir au spectateur que quelque chose va advenir.
Autres reprises de la Quinzaine des Réalisateurs :
– du 10 au 25 septembre 2022 : dans des salles de cinéma adhérentes au Groupement National des Cinémas de Recherche
Dates de sorties :
– Un Beau Matin : 5 octobre 2022
– Falcon Lake : 7 décembre 2022
– Le Parfum Vert : 21 décembre 2022
– Chili 1976 : 22 mars 2023
le 27/06/2022