03/07/2022
Cité de la Musique,
Paris
Créé en 2011, Days Off n’avait pas encore été chroniqué sur ces pages, sa programmation ayant pourtant connu quelques moments compatibles avec notre ligne éditoriale (Mondkopf, Andrea Belfi, Mogwai ou une carte blanche offerte à Nils Frahm qui avait convié Anne Müller), au milieu de séquences davantage dans la lignée d’un grand festival, avec ses têtes d’affiche (Metronomy et Cat Power, venus respectivement déjà deux et trois fois, par exemple). Devenue un rendez-vous régulier de ce festival, la relecture d’un album « pop/rock » par un groupe (néo-)classique connaissait une nouvelle déclinaison cette année, après les versions de Music For Airports de Brian Eno, de Pink Moon de Nick Drake par The Color Bars Experience ou d’Amnesiac de Radiohead par Echo Collective. Précisément, un pont peut être fait avec cette proposition et ce plateau dominical car un autre album de Radiohead y était joué et Echo Collective s’y produisait aussi.
À 19h précises, les Anglais de Wooden Elephant s’installèrent pour jouer Kid A, quatrième long-format du groupe de Thom Yorke. Lors de notre recension de la réinterprétation d’Amnesiac par Echo Collective, vue à Nantes au festival Variations en 2020, nous avions indiqué qu’Amnesiac était l’album avec lequel nous avions décrochés vis-à-vis de Radiohead, Kid A étant le dernier disque acheté de la formation d’Oxford. Retrouver une revisitation de celui-ci nous séduisait donc, et nos écoutes préalables de ce que Wooden Elephant en faisait nous avaient convaincus de venir à la Cité de la Musique. Installés à l’avant de la scène, les cinq musiciens donnèrent l’album dans l’ordre puisque, comme ils le précisent au sujet de leur travail de relecture (outre ce disque, ils ont repris Drukqs d’Aphex Twin, Homogenic de Björk ou Lemonade de Beyoncé), ils jouent des albums et non pas des chansons. Tour à tour, la ligne de chant se trouve ainsi prise en charge par un violon (Everything In Its Right Place), le violoncelle (The National Anthem) ou l’alto, évitant la facilité qui aurait conduit à confier le chant de Thom Yorke aux seuls violons, qui auraient imité le timbre plaintif de l’Anglais.
Étirés dans la durée, les morceaux de Radiohead prirent une autre tournure et permirent à Wooden Elephant de s’orienter vers différents styles : quasi-jazz (avec la contrebasse slapée sur le refrain d’Everything In Its Right Place), folk vernaculaire (clochettes, archet courbé, alto gratté au médiator comme une petite guitare) ou quelque chose de plus élégiaque (le conclusif Motion Picture Soundtrack). Manipulant de très nombreux ustensiles (verres à pied au bord frotté, harmonicas, kalimba, ebows positionnés sur des ukulélés, « langues de belle-mère », etc…), les cinq musiciens complétaient ainsi le gros travail formel réalisé sur leurs instruments. En effet, des feuilles de papier pouvaient être glissées entre les cordes, un morceau de polystyrène frotté contre ces mêmes cordes, des chaînettes posées sur le chevalet du violoncelle et de la contrebasse, ou bien des petits ventilateurs tournés à proximité des cordes.
Possiblement notre morceau préféré de Radiohead, Idioteque fut joué à sa place, aux deux-tiers du set, avec une pulsation sourde de la contrebasse en introduction, puis une boucle arabisante de l’alto et l’arrivée de la mélodie saisie par les violons. L’altiste gratta ensuite frénétiquement ses cordes semi-étouffées pour apporter rythmique et cadencement à une version tout aussi réussie que l’originale, à l’image d’un concert où le quintet retourna le classique, comme Radiohead retourna la pop indé.
Forcément compliqué, au regard de notre très bonne réception de cette première partie, l’enchaînement avec Echo Collective (quatuor à cordes, chargé d’interpréter 12 Conversations with Thilo Heinzmann de Jóhann Jóhannsson) montra un réel contraste. Après une heure très créative et libre, place à une bonne heure à l’aspect plus solennel (ou poseur, le lecteur choisira) : quatre musiciens tout de noir vêtus, recherche d’émotions un peu forcée dans les montées des cordes, affectation des mimiques. Souvent trop courtes, les douze pièces du compositeur islandais donnèrent aux deux violons, à l’alto et au violoncelle, la possibilité de montrer leur indéniable savoir-faire, mais dans un registre probablement trop corseté. Du delay et de l’écho étaient, au surplus, mis sur leurs interventions, comme autant de béquilles sonores, conduisant à se demander si les compositions de Jóhann Jóhannsson avaient vraiment besoin de cela pour tenir debout. Sur la fin du set, et avec l’intervention orale de Margaret Hermant, on retrouva davantage de sincérité, avec sa présentation de ces comparses, leurs techniciens, ses salutations au public et à la mémoire de Jóhannsson.
le 19/07/2022