du 25/03/2022 au 24/07/2022
Musée d’Art Moderne de la Ville de Paris,
Paris
Depuis que nous suivons Anita Molinero, la Française ne nous a jamais déçus, et nous gardons ainsi en mémoire sa bonne exposition de Gennevilliers, au printemps 2011, comme sa participation à plusieurs présentations collectives ou bien ses créations exposées en galerie. La reconnaissance institutionnelle parisienne semble, alors, arriver avec un peu de retard pour celle qui a déjà connu plusieurs expositions personnelles dans des centres d’arts en région ou à l’étranger. Qu’importe, après tout, quand il s’agit d’offrir la moitié du rez-de-chaussée du Musée d’Art Moderne à celle qui en profite pour retracer, en deux temps, son parcours.
La première moitié de la visite, la plus convaincante certainement, se concentre sur ses œuvres réalisées de 1990 à 2015, bien souvent imposantes par leurs tailles, leur choix de couleur, la manière dont elles partent d’objets issus du rebut et les brûlures réalisées sur ces plastique ou autres dérivés pétroliers. Dans la lignée de ce qu’on connaissait déjà de son travail, on retrouve ici un grand nombre de créations qui partent de la rue et du mobilier urbain, à l’image de Souvenirs d’Oyonnax, série de Glissières en Béton Armé teintées d’un camaïeu de rose et rouge, dont certaines sont suspendues et paraissent dépasser leur statut d’obstacle pour se jouer de la gravité. Tout aussi paradoxale, une autre œuvre voit un matelas en mousse recouvert de pavés et de confettis, comme pour opposer les matières, mais aussi rendre impossible à tout SDF de s’allonger sur la couche moelleuse et bien lui signifier qu’avec les confettis retombés, « la fête est finie ». Plus loin, c’est un gros container fondu avec des côtés quasi-liquéfiés qui avancent vers le visiteur, tandis que la poubelle trône en majesté sur quatre entassements de parpaings (Sans titre (Amiat)).
Volontiers politique dans son geste, Anita Molinero peut aussi se faire plus espiègle, invitant le spectateur à un jeu sur la reconnaissance, et lui laissant découvrir des casques de coiffure ou des casiers à poire dans ses assemblages rétro-futuristes. Empilés et calcinés de l’intérieur, les emplacements pour fruits défient, à leur tour, les lois de la gravitation puisqu’ils continuent de tenir les uns sur les autres. Au-delà de cet travail sur l’identification, le propos de la Française peut se faire plus évocateur, comme dans Ultime Caillou, vu à Gennevilliers il y a onze ans, et toujours aussi probant dans son alliage entre ces pierres noires déposées au centre d’un amas de feuilles de polypropylène bleu océan, forme d’invitation à un voyage vers des étendues maritimes (c’est de saison !).
Positionnés dans la seconde moitié du parcours, ses travaux les plus récents souffrent un peu de leur comparaison : dans leur format, tout d’abord, puisqu’ils sont plus réduits, et dans leur pertinence, ensuite, avec leur aspect de pâte à modeler (pour les sculptures) ou de peinture en 3D un peu faciles et d’assez mauvais goût (pour les œuvres accrochées au mur). Ces dernières font, d’ailleurs, partie d’une série intitulée Croûûûte Criarde. Effectivement…
le 20/07/2022