du 08/06/2022 au 22/08/2022
Centre Pompidou,
Paris
En apprenant que Tatiana Trouvé reprenait le chemin du Centre Pompidou, une petite quinzaine d’années après y avoir déjà exposé (à l’occasion de la réception du Prix Marcel-Duchamp 2007), on se rappelait avec intérêt les différentes propositions vues de l’Italienne à cette période. Travaillant sur des modules-maquettes, délimitant les espaces d’exposition avec des tiges en fer courbées, la plasticienne invitait le visiteur à se projeter dans ces lieux interstitiels.
Les premières images vues de ce Grand Atlas De La Désorientation pouvaient, d’ailleurs, laisser imaginer une continuité dans ce registre, jusqu’à ce qu’on pénètre dans la Galerie 3 du Centre. De fait, il s’agit plutôt d’y présenter plusieurs séries de toiles et dessins qui, certes, mettent également en place des lieux (intérieurs, clairières, forêts) aptes à faire vagabonder l’esprit du spectateur, mais ne parviennent que trop rarement à dépasser leur statut d’œuvre en deux dimensions. Utilisant des tons mats et éteints, l’Italienne fait aussi le choix d’une bichromie pour chaque pièce, empêchant de distinguer précisément les formes et objets, et propre à tout niveler dans un grand ensemble un peu terne, voire taciturne. Certaines créations sont heureusement rehaussées par des fils de cuivre, intelligemment collés sur la toile, dans le prolongement de lignes dessinées.
Si on fait le choix de se concentrer sur ses apports, on peut alors lire ces toiles comme des esquisses architecturales, ou des dessins préparatoires à de futures installations opérant dans la même tonalité que ses « polders » des années 2000. C’est d’ailleurs, aussi, dans cette recherche d’un deuxième niveau du regard que l’exposition se fait la plus pertinente : découverte, en arrière-plan de certains dessins, d’un visage paraissant nous scruter ; série From March To May dans laquelle Tatiana Trouvé a recouvert de dessins les unes de quotidien de tous pays parus pendant les deux mois du premier confinement de 2020 ; lignes au sol faisant office de fil conducteur ou de tracés chamaniques. Dans une exposition bénéficiant d’une excellente scénographie de Camille Excoffon (les toiles sont suspendues en l’air, permettant au public de naviguer à sa guise autour), c’est donc le souvenir qu’elle convoque, mais aussi les éventuelles perspectives qu’elle induit qui auront retenu notre attention.
le 03/08/2022