du 20/04/2022 au 29/08/2022
Centre Pompidou,
Paris
Réunies pour l’occasion, les Galeries du Musée et d’art graphique du Centre Pompidou offrent un bel espace pour accueillir une rétrospective dédiée à Shirley Jaffe, peintre Étatsunienne installée à Paris en 1949 jusqu’à son décès en 2016. Chronologique et didactique, la visite permet de retracer, œuvres à l’appui, le parcours de la peintre et l’évolution de son geste, au gré de ses rencontres et découvertes artistiques. Constantes de ses créations, la couleur et le travail sur les formes se retrouvent tout au long de la déambulation, dans un cheminement peut-être un peu contre-intuitif.
De fait, alors que plusieurs plasticiens débutent par des propositions géométriques, héritées de la modernité européenne, avant de se tourner vers des recherches plus expressionnistes et expérimentales (comme pour se détacher de premières peintures un rien scolaires), Shirley Jaffe fit le trajet inverse. Réalisées dans les années 1950, ses premières toiles saturent ainsi l’espace, n’offrant que peu de respiration au regardeur, dans un geste nerveux et volontairement abstrait. Les contours géométriques apparaissent à partir de la seconde moitié des années 1960 (Boulevard Montparnasse) puis, progressivement, le blanc fait son apparition sur les toiles de l’Étatsunienne.
Plutôt que dans une poursuite de l’abstraction, son travail esthétique va alors se diriger vers une prise en compte de l’épure et de la précision du mouvement. Longuement étudiées, les positions des différents éléments sur le châssis ne doivent rien au hasard, et les croquis et esquisses, présentés sous vitrine, témoignent assurément de ces heures préparatoires. Alors qu’un regard rapide ne pourrait y voir qu’une apposition basique, type jeu de gommettes pour enfants, les œuvres de Shirley Jaffe résultent ainsi d’une maturation certaine. En parallèle de ces opérations, c’est aussi la forme même de la toile qui fit l’objet d’expérimentations, à l’image de Malibu, commande privée, prévue pour être apposée dans un angle d’appartement, et mixant toiles en triangle et format rectangulaire.
Comme pour l’apposition des formes géométriques, la mise en place du blanc ne s’avère pas aussi simple, puisque le blanc visible n’est pas le fond de toile, mais un ajout postérieur, qui vient, en quelque sorte, détourer les aplats de couleurs préalablement peints (Sailing). Cette inversion du paradigme dit alors aussi bien la méticulosité de la façon suivie par Jaffe que d’une certaine espièglerie de la peintre.
Itinérance de l’exposition :
– du 25/03/2023 au 30/07/2023 : Kunstmuseum - Bâle
– du 11/10/2023 au 08/01/2024 : Musée Matisse - Nice
le 09/08/2022