du 15/04/2022 au 04/09/2022
Palais de Tokyo,
Paris
Histoire de renouveler un peu l’ambition des expositions à visée écologique, et sortir de l’opposition humanité/nature, le Palais de Tokyo offre, entre deux fermetures pour cause de canicule ou de travaux, une grande partie de son niveau d’entrée à Réclamer la Terre. Articulé avec la saison « Australia Now », et conviant, de ce fait, plusieurs artistes de l’île-continent, le parcours fait volontiers le lien avec des pratiques chamaniques, vernaculaires ou ancestrales, dans un registre moins culpabilisant que la plupart des propositions vues récemment à ce sujet. En fait, ici, il s’agit de montrer comment l’homme ou la femme peuvent faire corps avec la nature, entendue stricto sensu (minéraux, végétaux, cours d’eau, vent, feu) et non étendue au vivant non-humain.
Ainsi bien balisé, le propos convoque les films d’Asinnajaq (cette artiste inuite s’enfouit sous des cailloux qui se soulèvent à mesure qu’elle se relève, avant que la vidéo ne reparte en sens inverse, la voyant être progressivement recouverte des pierres, donc) et de Sebastián Calfuqueo (le Chilien se trouve suspendu, par des cordelettes, au-dessus d’un cours d’eau dans lequel il est en partie immergé), ou bien l’installation de Tabita Rezaire et Yussef Agbo-Ola (temple de tissu et de terre dont le visiteur est invité à fouler le sol, aux vertus curatrices supposées). L’ensemble se montre possiblement un rien trop sec, mais parvient à conserver la ligne fixée et une certaine cohérence globale.
En mobilisant des plasticiens australiens, il était à peu près certain que la culture aborigène allait être invitée au Palais de Tokyo. Sans surprise, donc, on en trouve quelques traces dans l’installation de Megan Cope (mélange d’objets un peu rouillés et de pierres et troncs d’arbres), les toiles de Judy Watson, les belles suspensions d’Yhonnie Scarce (ignames en verre soufflé, semblables à des gouttes d’eau… ou des pluies acides provoquées par la civilisation humaine ?) ou la peinture murale de D Harding (réalisée avec de la terre ocre). Non aborigène, la Brésilienne Solange Pessoa s’invite sans difficulté autour des Australiens, avec ces tapis constitués d’amas de cheveux tissés entre eux.

Au-delà, les objets délaissés ou au rebut sont aussi utilisés pour façonner des créations venant faire remonter le souvenir des espèces disparues, comme si l’être humain pouvait aussi recréer la nature (Abbas Akhavan et ses sculptures en bronze, réalisées à partir de photos de végétaux disparus mais dont la forme et la disposition, sur de larges draps blancs, nous laissent plutôt imaginer des armes). Plus prosaïquement, Thu-Van Tran retrace, sur de grands châssis disposés en arc de cercle, ses découvertes botaniques, venant rappeler que les artistes sont aussi là pour perpétuer ce que la mémoire efface parfois.
le 17/08/2022