Blow Out Festival 2022 : Mike Cooper & Roger Turner / Gabbro / Nina de Heney, Ilan Volkov & Christian Wallumrød / Cortex & Hedvig Mollestad

 date du concert

24/08/2022

 salle

MIR,
Oslo

 tags

Christian Wallumrød / MIR / Roger Turner

 liens

Christian Wallumrød

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La densité de la scène jazz-musiques improvisées de Norvège est telle qu’à peine une semaine après la tenue du Oslo Jazz Festival, une manifestation plus resserrée et plus expérimentale peut se dérouler. Pendant quatre jours, sur la scène du Café MIR (bar-club situé dans le quartier branché de Grünerløkka), « Blow Out » (série de concerts se tenant un mardi sur deux) propose ainsi, chaque fin août depuis quelques années, plusieurs sets regroupés dans un festival. C’est à la première des quatre soirées qu’on se rendit, attiré par la présence de quelques noms connus, la volonté de faire des découvertes et le souhait de palper in situ la vigueur de cette dynamique musicale norvégienne.

Mike Cooper & Roger Turner

Avant les concerts, une demi-heure d’échange avec Mike Cooper était proposée, à l’occasion des 80 ans du guitariste états-unien, tout à fait disposé à raconter quelques anecdotes et histoires, notamment autour de sa guitare à résonateur. Rejoint par Roger Turner à la batterie, les deux vétérans étaient ravis de se retrouver (cela faisait une douzaine d’années qu’ils n’avaient pas joué ensemble). Sa guitare posée sur ses genoux, Cooper enchaîna les séquences : travail au bottleneck avec des ongles, jeu à l’archet pendant qu’un e-bow était posé au-dessus de la caisse, notes d’harmonica, etc… Cette large palette lui permit d’alterner passages jazz, moments blues et lueurs d’americana. Pour sa part, Turner disposait plein d’adjuvants sur sa batterie (bol, petite cymbale, morceaux de tissu), jouée en frappes sèches et saccadées, typiquement « free ». Déroulant ainsi ces séquences, de deux minutes maximum chacune, l’Étatsunien et l’Australien firent plaisir à voir, et se livrèrent même à des petits défis, tel ce duo appeau à oiseaux-sampler de gazouillis, ou ce combat de clochettes tapées et frappées à l’archet.

Gabbro

Mené par Hanne De Backer, le groupe Gabbro est un peu à géométrie variable, au gré des disques et concerts. Pour ce soir, le bassiste et la vocaliste habituels entouraient l’Anversoise, mais un tromboniste norvégien (Henrik Nørstebø) les avait rejoints pour une demi-heure de travail autour des souffles. Détimbré, le saxophone baryton d’Hanne De Backer ne sortait que des sons expirés et des bruits de bouche, relayés par les claquements de langue et les vocalises d’Agnes Hvizdalek, intervenant souvent par onomatopées et autres fragments, en parfaite adéquation avec les instruments à vent, puisque le trombone était affublé en permanence de l’une ou l’autre des deux sourdines à disposition. Une sourdine plus bricolée (à partir d’un CD) fut, par la suite, utilisée par la Belge quand elle s’empara d’une clarinette basse, pour des notes davantage tenues. Posée verticalement entre les genoux de Raphaël Malfliet, la basse électrique était jouée à l’archet par un musicien aux yeux fermés comme ses trois comparses, concentrés uniquement sur leur musique, sans avoir besoin de se faire des signes pour se comprendre ou caler leurs interventions. Un peu répétitif, ce set trouvait néanmoins parfaitement sa place dans une manifestation dédiée à l’improvisation et à l’expérimentation.

Nina de Heney, Ilan Volkov & Christian Wallumrød

Remplaçant au pied levé d’autres musiciens, Christian Wallumrød et Ilan Volkov accompagnèrent Nina de Heney pour des échanges à trois autour des cordes. Si le violon de Volkov et la contrebasse de Heney pouvaient, naturellement, trouver leur place dans ce registre, le piano demi-queue en était moins familier et ne se trouva que rarement utilisé pour ses touches. Pincement de cordes et sampling en direct étaient, ainsi, convoqués par Wallumrød, pendant que les deux autres frottaient ou frappaient leurs archets sur leurs caisses, se désaccordaient et se réaccordaient afin de jouer sur la tension de leurs cordes. Trop sec et aride, cet ensemble ne fit pas forcément honneur aux qualités, déjà louées sur ces pages, de Wallumrød.

Cortex & Hedvig Mollestad

Pour terminer la soirée, face à un public plutôt attentif et ayant rempli l’espace du Café MIR (une cinquantaine de personnes, au jugé), les organisateurs avaient positionné la formation la plus classique du plateau, avec la venue de Cortex, quatuor jazz actif depuis une quinzaine d’années et rejoint, pour l’occasion, par Hedvig Mollestad, guitariste qui a livré de nombreux albums en solo et trio sur Rune Grammofon, mais jamais recensés ici. Son instrument, au son très chaud, bénéficia d’un gros travail au vibrato et à la pédale wah-wah, notamment pendant le solo que lui offrit le groupe (solo non applaudi, d’ailleurs, comme aucun des passages solitaires de la soirée, à croire que les Norvégiens ont choisi leur camp, dans cet éternel débat). Interprétés à trois (Thomas Johansson à la trompette, Kristoffer Alberts au saxophone alto et Mollestad), les thèmes se firent aisément reconnaissables, sur la demi-douzaine de morceaux joués pendant les quarante minutes, tandis que Dag Erik Knedal Andersen assurait les transitions à la batterie, soutenu par la trompette et le saxophone. Ce dernier rivalisa, d’ailleurs, de virtuosité un peu démonstratrice lors de son solo, à l’image du jeu tout en nervosité d’Ola Høyer à la contrebasse. Pour autant, l’alternance de morceaux enlevés et de titres au tempo moins nerveux faisait indubitablement son effet, et nous conduisit à conserver une bien bonne impression de cette soirée.

François Bousquet
le 29/08/2022

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