(Schole / Import)
01/07/2022
Classique

Schéma assez traditionnel que celui suivi par le pianiste Julian Tenembaum : après plusieurs bandes sons (série télévisée, pièce de théâtre, performance), place à l’album véritable, fait de compositions originales et qui tiennent debout toutes seules. Assez logiquement, c’est Schole Records qui accueille l’Argentin pour ce premier effort, bel ensemble de neuf pistes au tempo bien mené et à l’atmosphère profonde. Naviguant principalement dans des tonalités mineures, le musicien sait toutefois, au milieu d’un morceau, changer un peu sa focale afin de ne pas verser dans une forme d’afféterie (Obertura), ou bien proposer une courte vignette légère et enlevée (Cinigiano).
De même, il peut aussi quasiment lâcher son clavier pour proposer une nappe ambient dans le dernier tiers d’Amour, venant travailler autour des harmoniques développées dans le début du morceau. Pour autant, dans l’ensemble, il s’agit bien d’aller chercher l’émotion chez l’auditeur, par la grâce de notes aigues qui s’élèvent au-dessus des mediums. Dans cette quête sentimentale, Julian Tenembaum abuse possiblement des temps de suspens, ralentissant… son… tempo… afin… de… mieux-laisser-arriver-la-fin-de-la-ligne-mélodique.
Astuce assez courante chez les pianistes, ce mécanisme de retenue se retrouve sur plusieurs pistes du disque, associé à des ambiances assez voisines, laissant même l’impression d’entendre deux fois le même morceau. C’est ainsi que le début de Todo Infinito sonne diablement familier, sentiment heureusement effacé avec l’introduction d’un violon et d’un violoncelle. Suffisamment humble, Tenembaum, comme il avait pu le faire sur Amour, fait taire son piano afin de laisser les cordes opérer seules sur la fin du titre. Cette forme de maturité est à mettre assurément à son crédit, témoignage d’un parcours intéressant qui se voit mis en lumière avec ce disque.
le 05/09/2022