du 06/09/2022 au 29/10/2022
Fondation d’entreprise Ricard,
Paris
Les contraintes nées de la crise sanitaire avaient amené la Fondation d’Entreprise Pernod Ricard à tenir son Prix sur deux ans, en 2020 et 2021, avec une année de travail et de recherche, et une seconde dévolue à l’exposition. Reproduisant ce format, Colette Barbier (dont il semble s’agir de sa dernière édition du Prix, quittant la Fondation après plus de vingt ans à sa tête) et ses équipes ont articulé cette année 2022 en deux séquences : compagnonnage entre le commissaire invité (Clément Dirié) entre janvier et septembre, et exposition au moment de la rentrée. En parallèle, le propos se resserre progressivement, comme si un bon accompagnement curatorial ne pouvait pas se faire avec un trop grand nombre d’artistes : après avoir compté jusqu’à neuf sélectionnés, le Prix se dispute, cette année, entre six plasticiens (+ un invité).
Alors que le support de l’exposition nous épargne, fort judicieusement, un discours curatorial tentant maladroitement de relier les créations les unes aux autres dans un geste-qui-en-dit-beaucoup-sur-le-monde-qui-nous-entoure, les œuvres rassemblées dans les deux grandes salles de la Fondation traduisent une certaine volonté de produire de l’extime. Benoît Piéron dispose ainsi une installation tenant de la reconstitution pastel d’une chambre d’hôpital (Paravent fait à partir de vieux draps, accessoires surmontant des porte-sérums), Timothée Calame rehausse des fontaines en fibrociment de « plugs de plaisir » et Fabiana Ex-Sousa rejette son nom de famille (initialement, elle s’appelait Fabiana De Souza) et retourne dans son Brésil d’origine pour filmer un marché dans lequel des guérisseurs vendent des boissons.
À côté de ces propositions, d’autres apparaissent comme largement éculées, reprises ou réécritures de formes connues et référencées : panneaux d’affichage lacérés de Timothée Calame, peinture avec deux sujets superposés comme dans un fondu enchaîné d’Eva Nielsen et vidéo d’Elsa Werth dans laquelle une petite montre donne l’heure en temps réel, avec un changement de plan par minute (vidéo et artiste qui furent lauréates du Prix Fondation d’Entreprise Ricard, dans un manque de clairvoyance assez surprenant, tant ce film apparaît comme un décalque de The Clock de Christian Marclay). Dans ce contexte, ressortent sans trop de difficulté les œuvres de l’invité (Jean-Michel Sanejouand) et notamment sa Toile de bâche à rayure et règle) ou bien la simplicité de la composition d’Hélène Bertin (seule artiste qui nous était connu jusqu’alors, confirmant que nous avons légèrement décroché de l’actualité de la scène contemporaine) qui associe bois recourbés, poterie en grès et une simple figue pour revenir à une sorte de sobriété un peu ancestrale (On regarde toujours le même soleil).
le 26/10/2022