12/10/2022
Olympic Café,
Paris
Fidèle aux scènes françaises, et à Sulfure (après être venu au festival organisé en 2019), thisquietarmy rendait à nouveau visite à cette structure lors de sa nouvelle tournée européenne Adepte des longs périples quand il traverse l’Atlantique, le Québécois a progressivement vu son auditoire évoluer pour, à présent, séduire amplement les adeptes de drone metal, tandis qu’il ne nous semble pas que son propos soit très différent d’à ses débuts. C’est donc entouré d’un tel public qu’on se plaça au sous-sol de l’Olympic Café, pour un plateau franco-canadien assez bigarré.
Autre habitué de Sulfure (on se souvient de son set en novembre 2019), Lacustre se chargea des quarante premières minutes, avec une combinaison de glitchs aigus et d’une saturation progressivement mise en place. Des field recordings perclus de distorsion apparurent ensuite, lancés par le musicien debout derrière ses machines avec une tablette-sampler à ses côtés, dans un registre composite assez maîtrisée quoiqu’un peu monotone dans ses trois premiers quarts. La fin de la prestation du Français se fit plus claire, avec des éléments mélodiques plus identifiables et une inflexion plus electronica, schéma qui eut davantage nos faveurs.
On n’y pense pas suffisamment mais le chariot de supermarché est un potentiel accessoire de concert. Preuve en fut avec le set de Shantidas, apparemment habitué du genre, qui débuta de manière très noise avec un archet frotté sur les bords du caddie, relié électriquement à sa table de mixage et garni de six grosses ampoules, au clignotement globalement calé sur la musique. Par la suite, dans une graduation certaine, il s’empara d’un gros ressort, d’une plaque de métal, d’un marteau et d’une sorte de masse, tous ces objets étant frappés ou passés sur le caddie, de manière à créer une ambient très sombre et métallique. Quand Shantidas détacha la lourde chaîne qu’il avait autour de la taille (et assortie au reste de son look cuir et métal : mitaines, bracelet clouté, bottes, gilet noir sur torse nu, fine natte), on se dit que le pauvre chariot n’avait pas fini de souffrir.
Pour autant, et au-delà de l’aspect un peu performatif et grand-guignolesque de la chose, l’ensemble prit des atours quasi-amoureux ou sexuel : parade dans laquelle le musicien poussait tranquillement le caddie, caresses avec le fer, enfourchement à califourchon, sorte de masse péniblement enfoncée entre deux barreaux etc… Également pyrotechnique (machine à fumée, jeu sur les lumières), le concert de Shantidas laissa l’assistance aussi surprise que marquée par une telle proposition.
Peu avant 23h, Éric Quach prit place sur scène et lança des notes tenues depuis ses machines, pour une ouverture très drone et lancinante, rejointe par l’arrivée de quelques rythmiques électroniques programmées. S’emparant ensuite de sa guitare électrique, pour des éclats sonores distordus, le Canadien les relaya vite par l’intervention d’une batterie réelle samplée, plus convaincante que les précédentes pulsations. Les accords de six-cordes lacérèrent l’espace sonore, dans un jeu frénétique marqué par certaines poses de guitar hero (quand les rangées de spot s’allumaient derrière le musicien). Balançant ainsi entre drone metal et post-rock, thisquietarmy livra une montée en puissance prenante, absolument gérée et captivante.
le 18/10/2022