30/10/2022
Cafe OTO,
Londres
Ouvert depuis une quinzaine d’années, le Cafe OTO est situé dans le quartier de Dalston (au nord de l’East End) et s’est imposé comme le lieu phare pour la musique free-jazz et expérimentale à Londres. Avec une programmation voisine de salles comme les Instants Chavirés ou la Cave12, il accueille chaque soir ou presque des artistes largement appréciés de ces pages, tandis qu’en journée, c’est un salon de thé alternatif, faisant aussi disquaire (notamment pour vendre des enregistrements de concerts donnés ici-même) et libraire. Passant trois nuits dans la capitale britannique, nous étions à peu près certains d’y trouver une soirée conforme à nos intérêts avec, en l’espèce, la reformation d’un trio qui n’avait pas eu l’occasion de se produire ensemble depuis plusieurs mois.
Familiers du Cafe OTO (leur premier album y avait été enregistré), John Chantler, Steve Noble et Seymour Wright livrèrent, en ce dimanche soir, une heure de set, séparé par un entracte d’une trentaine de minutes, assez conforme à ce qu’on pouvait imaginer de la rencontre entre le manipulateur de synthé modulaire, le batteur et le saxophoniste. Avec son jeu en éclats ou en envolées free, Seymour Wright, situé côté cour, se plaçait dans une démarche assez traditionnelle, rehaussée par quelques claquements de langues, travaux avec ses lèvres et autres jeux de bouche dans ou à proximité du bec de son saxophone alto. Assis au milieu, Steve Noble saturait l’espace sonore par un jeu très rapides ou des frappes plus clairsemées sur ses fûts et cymbales, dotées de petits morceaux de tissu. Enfin, John Chantler, complétant l’arc de cercle, enchaînait petits larsens et grésillements plus ou moins puissants.
Si l’ensemble pouvait, de prime abord, sembler un peu disparate, on put apprécier, sur la durée de la prestation, des croisements fréquents entre les trois musiciens, manifestations de leur bonne entente et de leur habitude de travail en commun, qui n’empêchait pas certaines improvisations. À plusieurs moments, on eut ainsi l’impression que la batterie sonnait comme le synthé (cette baguette fine qui rebondissait contre le cadre de la caisse claire), à d’autres ce fut le synthé qui ressemblait au saxophone avec ses petits crachotements, etc… Dans chacune des deux parties du concert, des poussées sonores se firent entendre, avec batterie redoublée ou sous le coup de roulements, travail riche du synthé modulaire et lignes free du saxophone. L’impression d’être face à un fracas musical se trouvait, de surcroît, renforcée par l’utilisation récurrente des cymbales, caisse claire et souffles saturés, matériaux typiques d’une proposition qui trouve toute sa force en live.
le 07/11/2022